RÉFLEXIONS pour He 2:10-18
Poursuivant la discussion sur les anges et sur le Messie, l'auteur de l'épître souligne particulièrement le fait que le Sauveur a souffert de manière tout à fait réelle sur la croix, comme tout autre y aurait souffert (v. 10). C'est précisément en cela que se manifeste l'humanité du Messie : car un ange, par principe, ne peut pas souffrir comme souffre un homme ; on ne peut pas le crucifier, il est libre de la corporéité et de tous les problèmes qui lui sont liés. Mais le Messie n'est pas un ange, ni un être d'un autre monde ; Il appelle frères les hommes qu'Il sauve, soulignant ainsi Son unité réelle, essentielle, avec ceux qui sont sauvés (v. 12-13). C'est seulement ainsi qu'il était possible de sauver l'homme tout entier, non seulement son âme, mais aussi son corps, qui lui aussi est destiné par Dieu à devenir une partie du Royaume (v. 14-15). Si le Royaume était entré dans le monde par un ange, l'homme n'aurait jamais pu y entrer tout entier ; alors on aurait vraiment pu parler du salut de la seule âme, qui participe davantage au monde spirituel que le corps, du salut au sens où l'on commença à le comprendre au Moyen Âge, en pensant à la béatitude ou aux tourments après la mort.
Dieu voulait sanctifier et transfigurer l'homme tout entier ; c'est pourquoi Il envoie le Messie dans le monde non comme ange, mais comme homme. L'auteur de l'épître ne compare pas le Christ au grand prêtre par hasard (v. 17) : l'un et l'autre sont des hommes, et par l'un comme par l'autre Dieu sanctifie Son peuple, dans le premier cas l'Église de la nouvelle Alliance, dans le second l'Église de l'ancienne Alliance. Mais au grand prêtre de l'ancienne Alliance comme au Grand Prêtre de la nouvelle Alliance, il était absolument nécessaire d'appartenir entièrement et jusqu'au bout au monde des hommes ; autrement, il n'aurait pu être question d'aucune sanctification du peuple. Un ange peut montrer la route, mais il ne peut s'asseoir à la même table qu'un homme en partageant avec lui le repas sacrificiel. Or la route vers le Royaume passe justement par le repas sacrificiel, qui sanctifie ceux qui avancent. Et on ne peut la parcourir jusqu'au bout qu'avec le Christ, non avec les anges.
