RÉFLEXIONS pour Mt 18:1-9
Il est si difficile d'assimiler que le Royaume des Cieux ne ressemble en rien aux royaumes terrestres. C'est pourquoi la question « qui est le plus grand ? », posée par les disciples, montre vivement non seulement leur niveau, car malgré leur proximité avec le Maître ils se laissent encore guider par des notions terrestres. Cette question reflète l'état de toute notre nature déchue, avec les représentations de domination et de soumission qui lui sont propres et qui sont devenues si familières au fil de tant de millénaires.
Chaque fois que quelqu'un cherche à fonder le principe de domination, il n'est pas difficile de remarquer l'espérance de celui qui le fonde : que ce soit justement lui qui dominera. Mais le Christ, comme en bien d'autres cas, nous donne ici un regard tout différent sur le problème. À des adultes, sérieux, habitués à se respecter eux-mêmes, Il propose de devenir comme des enfants. Il nous est recommandé de rejeter ce que nous avons l'habitude de tenir pour une valeur, non seulement le statut social, mais aussi, dans une certaine mesure, l'expérience. Mais si cette expérience est celle d'une vie imprégnée de péché, elle peut ne pas avoir la valeur d'une véritable expérience de vie. Le Christ nous propose de nous ouvrir au Père comme un enfant qui reçoit avec confiance des plus âgés tout ce qui est nouveau. Seulement, à la différence des adultes, le Père n'abusera jamais de la confiance enfantine.
Et ce n'est pas un hasard si, aussitôt après ces paroles, le Christ parle des scandales. Comme il est facile de traumatiser pour toute la vie un enfant confiant, et comme il est amer que des personnes sincèrement attirées vers la lumière se heurtent à des pharisiens et à de faux docteurs. Les paroles sévères sur le retranchement des membres peuvent sembler un appel à se mutiler, mais en réalité nous avons ici, exprimé sous une forme extrême, un appel à être exigeants envers nous-mêmes, à surmonter le mal qui niche en nous. Ce mal ne nous détruit pas seulement nous-mêmes, il menace aussi ceux qui sont près de nous. Et tout particulièrement ceux qui ont su devenir ouverts comme des enfants.
