RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour He 1:1-14

Pour bien comprendre le sens de l'Épître aux Hébreux, il est important de se rappeler par qui et quand elle a été écrite. Selon l'opinion aujourd'hui généralement admise parmi les biblistes, l'auteur de l'épître n'était pas Paul lui-même, mais l'un de ses disciples, et elle fut écrite après la mort martyrique de l'apôtre, qui fut apparemment exécuté dans la seconde moitié des années 60. Très vraisemblablement, l'Épître aux Hébreux vit le jour après l'an 70, qui devint une année charnière dans l'histoire juive et, à bien des égards, dans l'histoire du monde. C'est précisément cette année-là qu'après le soulèvement antiromain déclenché par les zélotes, la Judée fut écrasée, et Jérusalem et le Temple furent détruits jusque dans leurs fondations, au sens littéral du mot.

Par son ampleur, cette catastrophe était comparable à celle de 587 av. J.-C., lorsque la ville et le Temple furent détruits par l'armée babylonienne et que commença pour le peuple juif la période des soixante-dix ans d'exil à Babylone. De tels événements provoquent inévitablement une crise, sociale et politique aussi bien que religieuse. Et la crise vécue dans les années 70 par le peuple juif et la Synagogue ne pouvait manquer de toucher aussi l'Église, qui à cette époque était encore majoritairement judéo-chrétienne, tant par sa composition que, ce qui est plus important encore, par sa vision du monde : les vues et les traditions judéo-chrétiennes déterminaient la mentalité de l'Église primitive et, en partie, de l'Église ancienne.

Or l'un des signes de la crise religieuse était un messianisme mystique, qui remplaçait rapidement, dans les milieux proches de la synagogue comme dans ceux proches de l'Église, le messianisme politique. Par la suite, ce messianisme engendra de nombreuses écoles et mouvements gnostiques. Et si le messianisme politique voyait dans le Messie un homme ordinaire, un souverain terrestre agissant selon la volonté de Dieu, le messianisme mystique était plutôt prêt à voir en lui un être surhumain, ressemblant davantage à un ange qu'à un homme. Mais l'auteur de l'épître, dont le nom nous est inconnu, ne cesse de rappeler que le Messie est plus grand que n'importe quel ange (v. 1-4), que ce ne sont nullement les anges qui ont ouvert à l'homme le chemin du Royaume (v. 5-12), que les anges ne sont que des esprits créés, remplissant auprès de Dieu des fonctions purement de service (v. 13-14). Il rappelle à ses lecteurs que le sens du christianisme n'est pas dans la mystique, mais dans le fait d'entrer dans ce Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde et de s'y enraciner, pour y trouver ce qu'aucune mystique et aucun ange ne peuvent donner à l'homme.