RÉFLEXIONS pour Tt 3:1-15
En parlant de la nécessité d'obéir à la loi (v. 1-2), Paul mentionne encore un aspect du problème que, apparemment, dans le feu de la polémique ou de la condamnation, beaucoup oubliaient alors, comme d'ailleurs aujourd'hui. Il rappelle à Tite lui-même et à ceux qu'il devait instruire qu'un homme pécheur n'a, en général, aucun droit de condamner qui que ce soit, que condamner les hommes, même s'ils sont pécheurs, n'est pas une occupation convenable pour un chrétien. Et il ne s'agit pas seulement du fait que seul Dieu peut juger adéquatement une personne, et non tel ou tel acte qu'elle a commis, Lui qui donnera Son jugement au dernier Jugement. Il s'agit aussi du fait que l'homme déchu n'a pas le droit moral de condamner qui que ce soit. Bien sûr, beaucoup l'avaient compris bien avant la venue du Sauveur dans le monde ; le proverbe « médecin, guéris-toi toi-même » était déjà connu dans la plus haute antiquité. Mais l'essentiel est ailleurs : condamner son prochain détourne le chrétien de la lutte contre ses propres péchés, de son enracinement dans le Royaume et du témoignage.
L'apôtre, quant à lui, appelle visiblement ses coreligionnaires à se concentrer sur la résolution de ces tâches principales et à laisser en paix ceux qui méritent peut-être la condamnation, mais à la condamnation desquels un chrétien ne devrait guère consacrer son temps, d'autant plus que chacun de ceux qui marchent maintenant sur le chemin du salut a jadis mérité la même condamnation (v. 3-8). L'abus de la Torah, que mentionne l'apôtre (v. 9), devenait apparemment un bon terrain nourricier pour la condamnation. La Torah a été donnée à l'homme non pour condamner son prochain, mais pour évaluer des actions et des actes concrets, les siens comme ceux d'autrui, afin de comprendre qui et en quoi l'on peut soutenir, et de qui il vaut mieux se tenir à distance. Pourtant, de tout temps, la tentation a existé d'abuser de la Torah, en l'utilisant non comme une boussole spirituelle permettant de ne pas perdre ses repères spirituels et moraux dans le monde des affaires et des actes humains, mais comme un moyen de s'exalter soi-même et de condamner. Un tel abus menait inévitablement aux discussions vaines mentionnées par Paul, dont les participants, se condamnant les uns les autres, perdaient à la fois le sens de la Torah et le Royaume. Ce n'est pas un hasard si l'apôtre dit que ceux qui pensent la Torah autrement que lui et ses compagnons de pensée (dans la traduction synodale, ces dissidents sont appelés « hérétiques ») se condamnent eux-mêmes (v. 10-11) : la Torah est une arme à double tranchant, si bien que celui qui veut la diriger contre son prochain la retourne inévitablement aussi contre lui-même. Celui qui compte scrupuleusement et sans miséricorde les péchés de son prochain devra répondre devant Dieu de ses propres péchés, et Dieu les comptera avec autant de scrupule qu'il comptait autrefois les péchés d'autrui, le condamnant avec aussi peu de miséricorde qu'il condamnait lui-même ses prochains. Alors la Torah deviendra pour lui un chemin menant non pas au Royaume, mais aux ténèbres extérieures dont parlait le Sauveur.
