RÉFLEXIONS pour Tt 3:5
Dans sa lettre à Tite, Paul lui rappelle l'essence du christianisme : l'homme est sauvé non par des « oeuvres de justice », mais par cette grâce qu'il reçoit dans la communion avec le Christ et dans le contexte des relations avec Lui. Aujourd'hui, pour beaucoup de chrétiens, ces paroles de l'apôtre sont devenues un lieu commun. Pourtant, derrière elles se tient la pleine conscience de cette tradition du chemin de la justice qui était propre au yahvisme dès la période antérieure à l'exil. Car, même avant la venue du Christ, quiconque prenait au sérieux la vie spirituelle comprenait que la justice ne peut être atteinte par aucun effort humain, qu'elle est en son fond l'affaire de Dieu et non de l'homme.
Mais d'un autre côté, on pourrait tout de même l'appeler une affaire divino-humaine, parce que sans la participation de l'homme lui-même la justice est impossible. Et pas seulement au sens où l'homme doit consentir à la présence de Dieu dans sa vie, mais aussi au sens où l'homme doit faire des efforts constants pour se maintenir prêt à recevoir ce que Dieu lui donne, à participer à la vie que Dieu lui ouvre et dans laquelle Il l'inclut.
C'est cette activité de l'homme que l'on appelait d'ordinaire les « oeuvres de justice ». Certes, il a toujours existé une compréhension purement religieuse de la justice, qui ne supposait pas de chemin au sens propre, mais seulement l'exécution scrupuleuse d'un ensemble prescrit de normes et de règles religieuses ; toutefois une telle compréhension de la justice n'atteint même pas les meilleurs modèles du yahvisme et du judaïsme.
Or si, dans la Synagogue, la justice religieuse pouvait encore trouver place à la périphérie de la vie communautaire, même si cette périphérie, comme il arrive d'ordinaire, dépassait numériquement de beaucoup le centre, dans l'Église elle ne pouvait pas avoir de place par définition, du moins tant que le christianisme ne dégénérait pas en partie en religion, ou plus exactement en une multitude de religions qui fleurirent avec le temps sur son sol spirituel. C'est cela que Paul rappelle à Tite, sans doute aussi parce que la tendance à une compréhension religieuse de la justice existait déjà dans l'Église à cette époque, et que l'apôtre la percevait comme une déformation spirituelle essentielle du christianisme.
