RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mc 4:35-41

L’apaisement de la tempête par Jésus a sans aucun doute laissé aux disciples une impression ineffaçable. Aucun des grands prophètes d’Israël n’aurait pu faire cela : eux aussi, bien sûr, accomplissaient parfois des miracles — ou plutôt, Dieu accomplissait parfois des miracles à leur prière —, mais personne encore n’était parvenu à apaiser d’un seul mot un lac déchaîné. Bien sûr, la force de Dieu, agissant à travers Jésus dans toute sa plénitude, pouvait faire absolument tout : Dieu est le maître total et souverain de Son monde. Ici, cependant, il ne s’agissait pas seulement de l’action de la force de Dieu ; le souffle du Royaume s’y faisait sentir, ce qui était particulièrement important et actuel.

En effet : l’humanité s’est trouvée confrontée aux manifestations de la force de Dieu dès le commencement de son existence, et la chute n’y a rien changé de fondamental : Dieu est Dieu, Il demeure Dieu après la chute, et Son action reste la même qu’elle a toujours été. Ce qui est différent, c’est que l’homme, après la chute, perçoit autrement l’action de la force de Dieu, souvent sans même comprendre quelle est cette force ni d’où elle vient. La force de Dieu, en elle-même, ne change pas toujours l’homme, et encore moins le change-t-elle toujours radicalement. Pour un changement radical, il faut la participation consciente de l’homme lui-même au processus, en premier lieu de sa volonté ; or une telle participation, pour l’homme déchu, se révèle souvent une tâche qui, si elle est soluble, est extrêmement difficile. Voilà pourquoi les miracles, en tout temps, ont été relativement rares dans le monde déchu.

Il serait plus juste de dire que peu de gens les voyaient : car on ne peut voir un miracle que lorsque le cœur est ouvert à Dieu, lorsque le grand monde de Dieu est une réalité pour l’homme, et qu’il vit précisément dans ce monde-là, et non dans le petit monde de l’homme déchu, séparé du monde de Dieu. Avant la venue du Christ, ce petit monde déchu, qui nous paraît parfois grand, était complètement isolé du grand monde de Dieu, que l’on appelle le Royaume. En ces temps-là, les miracles n’existaient que pour ceux pour qui Dieu et Sa présence dans le monde étaient une réalité indubitable et absolue.

Maintenant, avec la venue du Christ, la situation a changé. Sa venue a brisé la barrière, a détruit cette séparation de notre monde déchu d’avec le Royaume qui existait auparavant. Désormais, le miracle est devenu une réalité objective : et tous voient l’apaisement de la tempête, indépendamment de leur état et de leur attitude envers Dieu et envers le Christ. Le Royaume, sa force et son souffle sont devenus partie intégrante de notre monde. Extérieurement, rien de particulier ne s’est produit, mais en réalité tout a changé.