RÉFLEXIONS pour Tt 1:1-9
L'épître de Paul adressée à Tite est entièrement consacrée à l'organisation de la vie ecclésiale en Crète, où l'apôtre avait dû prêcher autrefois. En abordant ce thème, Paul mentionne d'abord les évêques et les presbytres qui, à l'évidence, déterminaient pour une large part le visage de la communauté ecclésiale. Les exigences posées aux presbytres se révèlent assez habituelles, et la principale est la justice : le presbytre, selon la parole de l'apôtre, doit être irréprochable (« sans reproche », v. 5-6). Il n'y a là rien d'étonnant si l'on se souvient que de grands groupes d'Églises dans telle ou telle région, à en juger par les données qui nous sont parvenues grâce aux livres du Nouveau Testament, étaient apparemment dirigés par un conseil d'anciens (« presbytres »), qui étaient aussi leurs représentants lorsque se réunissait un concile de toute l'Église. C'est précisément d'eux que dépendait en grande partie la vie spirituelle de l'Église locale, de même que la vie spirituelle d'une communauté ecclésiale concrète dépendait largement du serviteur (« diacre ») qui la dirigeait.
Mais l'irréprochabilité, Paul l'exige manifestement non seulement des presbytres, mais aussi des évêques, dont la fonction était, au fond, strictement administrative (v. 7-9). Bien plus : à en juger par le fait que l'établissement des presbytres se trouve directement lié au choix des évêques, on peut supposer que, malgré son caractère administratif et économique, le ministère épiscopal recevait une grande attention dans l'Église des premiers chrétiens, et que les candidats aux fonctions épiscopales étaient choisis avec soin, avec la participation du conseil local des anciens de l'Église (« presbytres »). Une telle attention portée à une question qui, pour la vie spirituelle, pouvait paraître secondaire, n'était bien sûr pas fortuite.
Et il ne s'agit pas seulement du fait que, dans la vie spirituelle comme dans la vie ecclésiale, il n'existe pas de détails insignifiants : les négligences ou violations administratives, économiques ou juridiques, sans parler de l'indélicatesse financière ou de quelque chose de semblable, sont tout aussi inadmissibles pour la communauté ecclésiale dans son ensemble que pour chaque chrétien. Il s'agit avant tout du fait que toute activité administrative et économique, surtout lorsqu'elle est liée aux flux d'argent, constitue une sorte de travail spirituellement dangereux. Il existe des travaux et des productions physiquement ou psychologiquement nocifs, qui créent une charge accrue pour le corps ou pour l'âme ; dans le même sens, on peut parler de travaux et de productions spirituellement dangereux qui, sans être en eux-mêmes pécheurs, exigent de ceux qui s'y consacrent une attention et une prudence particulières dans ce qui concerne l'observance de la Torah. Tel était aussi le ministère de l'évêque, qui avait besoin d'une vigilance spirituelle particulière afin de ne pas s'écarter du chemin de la justice et de ne pas perdre son salut. Car, si cela arrivait, une telle issue serait pour la communauté ecclésiale ce qui pourrait s'y produire de plus terrible. Et pas seulement parce que tout événement de ce genre devient inévitablement un contre-témoignage, mais aussi parce que le Royaume, dans notre monde en voie de transfiguration mais pas encore transfiguré, diminue à chaque incident de ce genre.
