RÉFLEXIONS pour Ez 34:1-31
La lecture d'aujourd'hui nous propose l'une des prophéties messianiques d'Ézéchiel. Le « David » mentionné ici, qui doit devenir le berger du troupeau de Dieu (v. 23-24), était associé sans équivoque, pour les contemporains du prophète, au Messie à venir. La prophétie a manifestement été prononcée à Babylone, où le prophète était arrivé avec le premier groupe d'habitants de Jérusalem déportés de Judée, alors que la ville n'avait pourtant pas encore été définitivement détruite. Le pire, la destruction complète de la ville et du Temple, attendait encore le peuple. Et Ézéchiel, à l'évidence, explique à ses compatriotes le sens spirituel des événements dont ils sont devenus témoins et acteurs.
Beaucoup pensaient alors que tout ce qui se passait n'était qu'un malentendu, des intrigues des ennemis du peuple de Dieu, auxquelles Dieu mettrait bientôt fin, et qu'alors tout redeviendrait comme avant. Mais le prophète montre les problèmes spirituels qui ont conduit à la catastrophe : l'absence de véritables bergers (v. 2-6) et les relations anormales au sein du peuple qui, selon le dessein de Dieu, devait devenir un peuple-communauté, mais qui, en réalité, était très loin de cet idéal (v. 17-19).
Pour Ézéchiel, la dévastation babylonienne n'est qu'une étape sur le chemin du triomphe de ce Royaume messianique dont témoignait déjà Isaïe de Jérusalem. Et c'est précisément dans ce triomphe qu'Ézéchiel voit la seule possibilité de sortir de la situation présente. Il est vain de remplacer certains bergers par d'autres : seul Dieu lui-même peut être le véritable Berger de son peuple (v. 7-16). Et seul Dieu lui-même peut aussi renouveler les relations au sein du peuple-communauté, par le Messie qu'il envoie (v. 17-24).
À première vue, une telle appréciation de la situation paraît excessivement sévère. Certes, si l'on en est arrivé à une catastrophe nationale, la situation spirituelle devait réellement être extrêmement grave ; mais ne restait-il donc pas, dans le peuple de Dieu, un seul vrai berger ayant gardé fidélité à Dieu et à sa vocation ? Car, en ce cas, ce peuple n'aurait manifestement eu aucun avenir. Il s'agit sans doute d'autre chose : pour que le Royaume devienne réalité, les relations entre Dieu et son peuple devaient changer qualitativement. Désormais, chacun devait apprendre à construire lui-même ses relations avec Dieu et avec ses proches, et à en porter lui-même la responsabilité, sans la rejeter ni sur son voisin, ni sur son maître, ni sur le prêtre du Temple. Car le Royaume est avant tout relation : relation avec Dieu et avec le prochain. Et chacun doit les édifier lui-même, sans confier cette construction à personne d'autre, qui que soit cet autre et quoi qu'il dise de lui-même.
