RÉFLEXIONS pour Lc 4:19
Les paroles du prophète disant qu'il est envoyé témoigner de « l'année de grâce de Yahvé » (« l'année favorable du Seigneur » dans la traduction synodale), Jésus les applique manifestement à Lui-même. La prophétie correspondante était de toute évidence messianique pour tous, et « l'année de grâce » était perçue comme l'année de la venue du Messie. Jésus applique donc ces paroles à Sa propre venue, faisant ainsi allusion à Sa propre messianité, dont Il ne parlait presque jamais directement. Ces allusions étaient sans doute liées au fait que Sa messianité ne correspondait manifestement ni aux représentations messianiques populaires ni aux attentes correspondantes.
D'une part, Jésus devait faire comprendre à ceux qui L'écoutaient que l'époque messianique était arrivée et qu'Il était Lui-même le Messie attendu ; mais, en même temps, il n'entrait nullement dans Ses plans de devenir le chef d'un mouvement religieux et politique messianique de masse, ce à quoi tout se serait inévitablement réduit s'Il avait déclaré Sa messianité directement et ouvertement. Apparemment, les allusions et les textes messianiques correspondants de l'Ancien Testament devaient non seulement amener les auditeurs à supposer que Celui qui parlait témoignait de Lui-même comme Messie, mais aussi les faire réfléchir à la raison pour laquelle Il n'en parlait pas directement.
Ainsi Jésus voulait sans doute écarter les curieux désœuvrés et ceux qui ne se satisfaisaient que des représentations traditionnelles, ou de leurs propres représentations, du Messie et de ce qu'Il devait être. Il voulait attirer l'attention de ceux qui comprenaient le langage de l'allusion subtile et qui étaient prêts à voir un Messie tout à fait inattendu, dont l'image ne rentrait pas dans les cadres habituels ni dans les schémas traditionnels.
Outre le fait d'écarter ceux qui brûlaient de commencer immédiatement une guerre messianique, il y avait ici encore un autre but. L'homme qui suivait Jésus devait être prêt aux surprises, précisément là et alors où et quand on semblait pouvoir les attendre le moins. Son propre chemin de croix et de résurrection, comme le chemin de ceux qui Le suivaient, ne ressemblait à rien de connu ni d'habituel.
Il fallait souvent agir ici dans une situation où la logique et les modèles traditionnels faisaient complètement défaut et ne pouvaient que gêner. Il valait mieux y préparer Ses disciples dès le commencement, les obliger dès le commencement à voir le traditionnel et l'habituel d'une manière inattendue et inhabituelle. Parfois un tel regard pouvait même choquer, mais il valait mieux traverser ce choc au début du chemin afin de s'y habituer, et plus tard, quand les choses choquantes deviendraient beaucoup plus nombreuses dans la vie, les recevoir déjà comme une partie naturelle et inévitable du chemin du chrétien.
