RÉFLEXIONS pour Qo 1:2
À la lecture de l'Ecclésiaste, les grands enseignements de l'Orient viennent involontairement à l'esprit. « Tout est vanité » sonne très bouddhique. Mais la réalité est ce qu'elle est, et peu importe alors qui a su remarquer quelque chose qui lui est propre et typique. Un monde où la présence de Dieu n'est pas perceptible n'est vraiment rien de plus que vanité. Et l'Ecclésiaste voit précisément le monde ainsi. Non, bien sûr, l'Ecclésiaste n'est nullement athée. Il n'est même pas agnostique. Mais il ne s'agit pas ici de théorie, ni même de vision du monde.
Il s'agit du sentiment de la présence de Dieu. Un sentiment toujours très concret. Qui peut rendre le monde éternellement nouveau, parce qu'en réalité il n'existe que comme manifestation active de la volonté de Dieu. Comme incarnation de cette volonté. Comme dynamique d'une réalité sans cesse renouvelée. En dehors de cette dynamique, le monde n'est pas éternellement nouveau, mais éternellement vieux. Or nous, habitués à un monde d'où Dieu n'est pas visible, nous voyons d'ordinaire cette éternité-là. L'Ecclésiaste a donc regardé le monde avec nos yeux. Et il a vu qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Mais s'il en est ainsi, tout est vraiment vanité. « Vanité des vanités », c'est-à-dire toujours la même vanité, mais dans toute sa plénitude. Ou plutôt dans ce qui, en ce cas, remplace la plénitude.
Car la vanité, c'est un mouvement autour du vide. Et que faut-il alors considérer comme plénitude ? Sans doute un mouvement infiniment rapide et qui ne cesse jamais autour du vide. L'étudier est une occupation vraiment fatigante. Mais les « fils des hommes » s'y exercent avec tout leur zèle, car, dans leur état déchu, il ne leur reste rien d'autre. Du moins jusqu'à ce que se produise la Rencontre. Mais il faut encore y parvenir. Et l'Ecclésiaste commence son chemin.
Un chemin qui, comme il le prévient d'avance, conduira à des conclusions tristes. Mais qu'il faut tout de même parcourir pour que la vie reçoive au moins un sens quelconque. Même négatif. Car un sens négatif reste tout de même un sens. Tandis que l'absurdité n'est que du vide. « Vanité des vanités ». Consentir à l'absurdité de la vie est donc spirituellement équivalent au suicide. L'Ecclésiaste ne veut pas du suicide. Il est prêt à chercher le sens.
