RÉFLEXIONS pour Mt 20:1-16
La parabole des ouvriers de la onzième heure suppose, à première vue, une injustice évidente. En effet, serait-il juste et équitable de payer pour une journée entière de travail autant que pour une seule heure? Du point de vue des lois du monde non transfiguré, un tel salaire est non seulement injuste, mais économiquement déraisonnable. Et le fait que la vigne soit ici, comme dans bien d'autres textes bibliques, le symbole du Royaume souligne une fois de plus que les lois du Royaume et celles du monde non transfiguré diffèrent, et diffèrent souvent radicalement.
Jésus, bien sûr, ne raconte pas par hasard la parabole des ouvriers de la onzième heure, car parmi ceux qui L'écoutent beaucoup sont profondément et sincèrement religieux. Entre autres choses, ces personnes religieuses sont convaincues qu'en accomplissant consciencieusement leurs devoirs religieux durant toute leur vie terrestre, elles recevront ensuite leur récompense, ayant gagné le droit d'entrer dans le Royaume et d'en devenir les habitants. Mais Jésus leur fait comprendre que les représentations terrestres du salaire et de la juste rémunération du travail accompli ne s'appliquent pas au Royaume. Non parce que la justice dans les relations de travail serait sans importance pour le Royaume (toute justice importe au Royaume), mais parce que le Royaume ne peut en principe pas se gagner. D'aucune manière et par rien. Ni par aucune religiosité ni par aucune œuvre de piété. Et si ces œuvres et cette religiosité sont utiles à quelqu'un, elles ne le sont qu'aux hommes eux-mêmes sur le chemin du Royaume, pendant ce travail dans la vigne sans lequel ils n'auraient pas même eu accès à la vigne.
Et il faut reconnaître qu'en tant que chrétiens, nous nous trouvons tous aujourd'hui précisément dans une telle situation par rapport au Royaume. Notre époque est celle du Royaume qui vient, qui entre dans notre monde en le transfigurant, mais qui ne s'est pas encore révélé dans toute sa plénitude. Et chacun de nous peut avoir, et a réellement, un rapport avec ce Royaume dans la mesure où il participe à son édification, en utilisant pour ce travail spirituel toutes les possibilités. Et lorsque le Royaume se révélera dans toute sa plénitude, transfigurant définitivement le monde, chacun de ceux qui l'auront édifié deviendra une partie de cette plénitude. De toute la plénitude, et non de la part qu'il aurait gagnée. Car le Royaume est indivisible. On ne peut le recevoir que tout entier.
