RÉFLEXIONS pour Lc 17:20-37
La lecture d'aujourd'hui poursuit le thème du Royaume dans son aspect eschatologique. Il ne s'agit pas ici de décrire la fin des temps comme l'achèvement (ou plutôt la rupture) du processus historique, mais le moment même du retour du Sauveur et du triomphe définitif du Royaume, indépendamment des délais et, plus généralement, de l'histoire concrète. Mais l'avènement du Royaume se déroule en deux étapes: à la première, il demeure encore invisible, si bien que peu de gens le connaissent (v. 20–21), et il ne devient visible pour chacun que par la suite; cette manifestation visible à tous du Royaume constitue l'essence de la seconde étape (v. 22–37).
Il faut noter qu'à la première étape le Royaume demeure non seulement dans les cœurs de ceux qui lui gardent fidélité, mais aussi dans leurs assemblées (l'expression grecque correspondante peut se traduire non seulement par «au-dedans de vous», mais aussi par «au milieu de vous»). À proprement parler, cette première étape se déroule sous nos yeux: nous vivons à l'époque de l'avènement du Royaume, qui pourtant ne s'est pas encore révélé dans toute sa plénitude. Et la lecture d'aujourd'hui nous dévoile le sens de l'existence de l'Église, que l'apôtre Paul appelle «corps du Christ»: il consiste à porter le Royaume dans le monde. Le christianisme n'est ni une nouvelle religion ni une nouvelle morale, et Jésus n'est ni un réformateur religieux ni un maître de morale. Il n'a créé ni nouvelle école théologique ni nouvelle organisation religieuse. Il n'a laissé dans le monde qu'une communauté d'hommes qui vivront avec Lui d'une même vie du Royaume. L'Église a été fondée par Lui comme une telle communauté. C'est pourquoi porter le Royaume dans le monde se trouve être la tâche principale de l'Église, et toute son autre activité n'est que formes et moyens d'accomplir cette tâche principale.
À la fin des temps, lorsque l'invisible deviendra évident pour tous, l'Église devient le noyau spirituel du monde nouveau, transfiguré. Et cette fin ne survient pas naturellement, comme l'achèvement logique du processus historique, mais comme sa rupture, comme un événement surnaturel et donc inattendu pour tous. Le Royaume ne peut triompher par voie naturelle dans un monde corrompu par la chute et gisant dans le mal; il ne peut l'inclure en lui qu'en le changeant et en le renouvelant radicalement, et un tel processus ne peut se dérouler sans heurts, sans toucher personne et sans causer de désagréments à personne. Cela ne serait possible que si chacun dans le monde accueillait le Royaume. Mais l'homme est libre dans son choix, et Dieu ne prédétermine le destin de personne. C'est pourquoi le monde se divise entre ceux qui sont «pris» et ceux qui sont «laissés». Le triomphe du Royaume est prédéterminé, mais chacun choisit lui-même son destin.
