RÉFLEXIONS pour Lc 14:33
Cette pensée se répète dans l’Évangile de nombreuses fois sous différentes formes. De quoi s’agit-il ? Pourquoi le Seigneur la juge-t-il si importante ? Peut-être parce qu’il voit que notre désir d’« avoir » porte en lui une nature profondément pécheresse. Ce désir d’assurer le fondement de notre moi, de notre indépendance à l’égard de Dieu et les uns des autres, le désir d’appuyer par quelque chose notre orgueil et notre exaltation au-dessus des autres, de ceux qui « n’ont pas ». Or le dessein de Dieu, c’est une création fondée sur l’amour, c’est-à-dire sur l’interrelation, l’interdépendance et le don réciproque. Jésus ne dit pas ici que nous ne devrions rien posséder ; il nous appelle à « nous détacher », à ne pas accorder à ce que nous avons une importance excessive, à ne pas considérer nos biens comme un soutien tant soit peu sérieux dans notre vie, mais à mettre toute notre espérance, toute notre confiance, en Dieu seul.
L’Évangile nous donne un tel exemple. Les hommes essaient toujours de mettre quelque chose de côté « pour les jours sombres » ; chez les personnes âgées, il est même habituel d’économiser pour leurs funérailles. Et voilà que l’Évangile raconte l’histoire d’un homme âgé, respectable, qui avait pris soin à l’avance de ses futures funérailles, s’était préparé un tombeau coûteux... Puis il a rencontré Jésus et s’est mis à se considérer comme son disciple, un disciple secret, parce qu’il craignait l’opinion des autorités religieuses. Mais voilà que Jésus meurt sur la croix, et cet homme, Joseph d’Arimathie, perd sa peur. Il va chez Pilate et obtient de lui la permission d’ensevelir le Seigneur. En donnant à Jésus son tombeau, il se détache de ce qu’il possède, du fondement humain de son espoir d’être respecté par son entourage et de terminer dignement sa vie ; et c’est précisément à ce moment-là qu’il cesse d’être un disciple « secret » du Christ et devient son véritable disciple.
