RÉFLEXIONS pour Lc 14:1-35
En parlant du Royaume, Jésus ne cesse de rappeler à ses auditeurs qu’il faut encore y entrer, et que cela ne se fera pas tout seul. Pour le Royaume, il faut tout quitter. Il faut être prêt à prendre sa croix. Ces paroles du Sauveur étaient tout à fait compréhensibles : ses auditeurs se souvenaient encore que, un peu plus de cent ans avant les événements évangéliques, sous le règne d’Alexandre Jannée dans la Judée alors indépendante, les participants à une révolte antigouvernementale, qui exigeaient des autorités le strict respect des normes de la Torah dans le pays, avaient été crucifiés. Les participants de cette révolte ne voulaient qu’une chose : le Royaume. Celui, bien sûr, qu’ils connaissaient. Et pour ce Royaume ils ont tout donné. Leurs représentations du Royaume ressemblaient peu à ce dont parle Jésus. Mais il donne leur résolution en exemple à ses auditeurs. Ils ont réellement tout quitté.
Pas comme les héros de la parabole de Jésus, qui refusent de venir au festin. Sous des prétextes qui semblaient tout à fait raisonnables, mais... ils refusent. Et ils perdent l’essentiel. Et leur place est prise par ceux qui n’ont rien dans ce monde. Et qui n’ont aucune raison de refuser. Une question de priorités ? Oui, bien sûr, de priorités aussi. Mais pas seulement de priorités. Ce n’est pas par hasard que Jésus parle du festin, des premiers et des derniers, de ces places où beaucoup cherchent à s’asseoir même au risque d’en être chassés.
Le Royaume n’est pas un lieu. Ni une structure. Ni une hiérarchie. Le Royaume est un état. Un état dans lequel on peut demeurer, mais qu’il est absolument impossible, pour ainsi dire, de fixer. Or on a très envie de le fixer. Les meilleures et les pires places viennent de là. Car dans le Royaume, en réalité, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises places. Il n’y a qu’un seul critère : l’homme est-il à sa place ? Est-il à cette place même que Dieu lui a destinée, ou à celle qu’il s’est choisie lui-même parce qu’il l’a jugée plus appropriée pour lui ?
De là vient aussi la question : aller au festin ou au champ qu’on vient d’acheter ? Le festin nuptial est le symbole du Royaume. Et si l’homme ne sait pas quoi choisir, cela signifie qu’il ne sait pas ce qu’est le Royaume. S’il le savait, il ne lui viendrait pas à l’esprit de comparer l’importance de la vie qu’il vit avec quoi que ce soit qui lui appartienne. La vie est plénitude, tandis que le champ acheté, les biens, même la famille, ne sont que des dérivés de cette plénitude. Ici, il importe de ne pas confondre la partie avec le tout, l’essentiel avec le secondaire. Et une seule chose peut y aider : l’expérience de la vie authentique du Royaume. Cette vie même qui est le salut.
