RÉFLEXIONS pour Mt 12:30-37
Le repas donné à cinq mille hommes avec cinq pains est un événement très lumineux. Certes, il préfigure l'institution de l'Eucharistie lors de la Cène; il la préfigure et il est l'image de chaque Eucharistie que célèbre l'Église. Aujourd'hui, un détail semble essentiel. Pour que le miracle puisse s'accomplir, il fallait ces pauvres cinq pains et ces deux poissons, très probablement séchés. Les disciples avaient manifestement déjà cherché qui avait combien de pain avec soi, et ils avaient tout compté. Il n'y avait sûrement rien de plus; ces miettes étaient la seule chose trouvée dans toute cette foule, mais dans les mains du Christ, il en naît une nourriture non seulement suffisante, mais abondante. Pourtant, ces pains appartenaient bien à quelqu'un. Quelqu'un, anonyme, à la question des disciples: «Qui a de la nourriture?», a répondu: «Voici, j'ai du pain, prenez.» On pourrait croire que ces auditeurs prévoyants n'avaient pas eux-mêmes besoin de pain.
Les chrétiens des premiers siècles appelaient ce que nous apportons à Dieu dans le sacrement de l'Eucharistie les «prémices» de la création. Les prémices sont une sorte de gage et de signe que nous apportons à Dieu tout ce qu'Il a créé. C'est par elles que commence le miracle de la multiplication, qui fait de la créature quelque chose de plus grand. À l'inverse, sans l'offrande de ces prémices, l'abîme qui sépare le monde de Dieu et ce monde-ci demeure infranchissable. Nous apportons les prémices du monde et, selon les paroles de saint Irénée de Lyon, nous recevons des mains du Christ les prémices du Royaume des cieux.
Chacun de nous possède quelque chose qui peut être apporté à Dieu comme ces cinq pains, ou bien gardé pour soi. C'est de cela que le Seigneur parle: «...celui qui veut sauver son âme la perdra, mais celui qui perdra son âme à cause de Moi la trouvera» (Mt 16:25).
