RÉFLEXIONS pour Mt 16:24-28
Les paroles du Christ sur l'âme, qu'il est facile de perdre mais que l'on peut aussi sauver, sont parfois comprises de manière un peu spiritualiste. On parle de l'âme en entendant par là un principe immortel dans l'homme, que l'on peut facilement perdre si l'on se soucie trop de sa vie terrestre, tandis que si on la remet au Christ et qu'on Le suit en prenant sa croix, on peut la sauver. Pourtant, dans les textes du Nouveau Testament, le mot «âme» désigne le plus souvent non pas un principe immortel qui survit au corps et qu'il faudrait absolument conserver intact parce qu'autrement on mourrait complètement, mais toute la vie dans son ensemble, dans toute sa plénitude et toutes ses manifestations.
Le problème n'est pas ici de préserver en soi quelque chose de particulier qu'il ne faudrait à aucun prix perdre, même au prix de la perte de tout le reste; il s'agit de laisser le courant de vie que la Bible appelle l'âme couler librement, afin qu'il ne perde ni sa plénitude ni sa profondeur. Ici, bien sûr, l'homme lui-même joue un rôle immense, son «moi» spirituel, que la Bible appelle le coeur, d'où proviennent les désirs et les aspirations qui déterminent le cours de la vie humaine.
Dans la Bible, ces aspirations et ces désirs sont habituellement appelés pensées ou dispositions; il ne s'agit pas ici des pensées proprement dites, comme le croit parfois le lecteur moderne, mais bien des intentions, des élans, des orientations qui déterminent l'état spirituel de l'homme, le cours du courant de sa vie, et donc son chemin. En tout temps, chez tous les peuples, dans toutes les traditions spirituelles, les hommes qui cherchaient le chemin ont essayé de résoudre précisément cette tâche: celle qui concerne la qualité spirituelle de leur propre vie. Dans le yahvisme, puis dans le judaïsme, ce chemin est devenu celui de la Torah intérieure, dont les racines remontent à la période préexilique, à l'époque de la prédication du prophète Jérémie.
Ce chemin s'avérait toutefois extrêmement difficile pour l'homme, car les conséquences de la chute ne disparaissaient pas; elles l'empêchaient d'atteindre la perfection. Jésus propose, Lui, une option parfaitement claire et simple: donne-Moi ta vie, unis-la à Ma vie, et elle ne périra pas; non seulement elle sera conservée dans toute sa plénitude, mais elle acquerra une plénitude encore plus grande, dont l'homme du monde déchu ne pouvait même pas rêver. Tel est le chemin chrétien: toujours le même chemin de la Torah intérieure, parcouru dans l'unité de vie avec Celui qui est venu manifester au monde la Torah vivante dans toute sa plénitude.
