RÉFLEXIONS pour Lc 8:41-56
La guérison miraculeuse de la femme atteinte d'une perte de sang est un moment très dramatique. Le sang et tout ce qui y est lié étaient considérés en Israël comme une source d'impureté rituelle. En vertu de cette opinion, à certaines périodes, les femmes étaient considérées comme impures et, entre autres choses, ne devaient toucher à rien, et les autres ne devaient pas les toucher jusqu'à la purification. Or la femme dont les évangélistes racontent la guérison avait été pendant de longues années constamment dans cet état d'impureté rituelle. Il lui fallait beaucoup de courage et d'audace pour entrer dans la foule qui entourait Jésus. Son acte pouvait être interprété comme une souillure intentionnelle des gens, et elle pouvait être soumise à un châtiment sévère. Mais elle sentait que, pour être guérie, il lui était nécessaire (comme, au fond, à chacun de nous) de s'approcher et de toucher le Christ. Et voilà qu'à la fois tremblante et audacieuse, elle se fraie un chemin à travers la foule et ne touche même pas le Seigneur Lui-même, mais seulement le bord de Son vêtement. L'évangéliste Luc dit qu'elle voulait « se cacher », c'est-à-dire rester inaperçue dans son audace.
Les prophètes avaient beau dire que le péché devant Dieu consiste dans l'infidélité envers Lui et le manque de miséricorde envers le prochain ; du point de vue du judaïsme rabbinique, dans ce contact, l'impureté est passée de la femme à Jésus. Et ce stéréotype primitif de l'impureté rituelle n'est nullement propre au seul judaïsme. Même les chrétiens ont du mal à s'en libérer. Ce stéréotype suppose implicitement que l'impureté est plus forte et, si l'on peut dire, plus efficace que la pureté. Mais voici ce que dit le Christ Lui-même : « J'ai senti qu'une force était sortie de Moi ». Ce n'est pas l'impureté qui passe de la femme à Jésus, mais la force — de Jésus à elle.
En parlant du Christ, le prophète Isaïe souligne qu'« Il a pris sur Lui nos infirmités et porté nos maladies ». Il porte ce fardeau de mal et de souffrance qui écraserait chacun de nous. Et c'est pourquoi, lorsque le Christ dit à la femme : « ta foi t'a sauvée », personne ne songe à se rappeler l'impureté. Outre le témoignage de la miséricorde de Dieu, le récit de cette guérison est important pour nous comme témoignage que la force de l'amour de Dieu et la sainteté de Dieu dans le Christ sont plus fortes que la faiblesse humaine. Et aussitôt, dans cette même lecture évangélique, nous en recevons la confirmation lorsque le Christ touche le corps mort (et le mort aussi rend impur) de la fille de Jaïre — et la ressuscite.
