RÉFLEXIONS pour Lc 7:36-50 — le 26 juillet 2025

RÉFLEXIONS pour Lc 7:36-50

La courte parabole des deux débiteurs racontée par Jésus à Simon paraît paradoxale au premier regard : car, si l'on suit sa logique, il en résulte que les relations d'un homme avec Dieu ou avec son prochain sont d'autant plus solides qu'il lui a été davantage pardonné. On n'est alors pas loin de cette « sagesse » populaire bien connue : « si tu ne pèches pas, tu ne te repens pas ; si tu ne te repens pas, tu n'es pas sauvé ». Le péché serait-il donc pour le salut ? Si nous étions des personnes normales, non abîmées par la chute, des raisonnements de ce genre seraient sans doute tout à fait justes. Le malheur, cependant, est qu'il n'en est pas ainsi.

La parabole racontée par Jésus à Simon, comme certaines autres de Ses paraboles, part de la situation réelle de l'homme déchu. Et là, il apparaît en effet que la mesure de l'amour de Dieu pour l'homme et la mesure de la confiance de l'homme en Dieu sont déterminées par ce que Dieu est prêt à pardonner à l'homme et par la mesure dans laquelle l'homme ose espérer le pardon.

On pourrait croire que la dépendance fait obstacle à l'amour. Dans le monde abîmé par le péché, c'est bien le cas. Mais il ne s'agit pas ici de la dépendance en tant que telle : l'homme dépend aussi de Dieu, et il en dépend réellement ; chacun de nous dépend de Lui comme de personne ni de rien d'autre. Il sait faire tourner la situation, conduire les choses de telle manière que nous ne remarquions pas le moins du monde cette dépendance. Nous pouvons même L'ignorer complètement, si nous le voulons. Et la seule forme de Sa relation avec nous se révèle être l'amour.

Ainsi, la dépendance en elle-même n'empêche nullement l'amour ; si des obstacles apparaissent, ce n'est que dans le monde déchu, non à cause de la dépendance en tant que telle, mais à cause du péché qui, dans un monde corrompu par le péché, déforme et pervertit toute relation. Dans le cas normal, la dépendance mutuelle des personnes est une chose tout à fait ordinaire et naturelle, qui par elle-même n'assombrit en rien leurs relations. Et la profondeur des relations peut alors réellement être déterminée par la profondeur de la dépendance.

Autre chose est que les lois du monde non transfiguré font parfois de cette dépendance un lourd fardeau pour celui qui dépend. C'est alors que la volonté d'alléger ce fardeau ou même de l'en délivrer complètement (par exemple, remettre sa dette à quelqu'un qui ne pourra jamais la rendre) devient l'expression d'un amour pratique et agissant envers la personne dépendante. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les relations soient ici liées à la profondeur de la dépendance de celui qui a reçu un soulagement envers celui qui l'a déchargé.

Bien sûr, dans le Royaume, une telle situation ne peut tout simplement pas exister, pas plus qu'elle n'aurait pu exister dans notre monde s'il n'avait pas été abîmé par la chute. Mais dans la situation concrète où nous nous trouvons tous aujourd'hui, les relations d'amour prennent parfois précisément la forme dont parle la parabole du Sauveur.