RÉFLEXIONS pour 1Co 7:32
La vie conjugale dans le judaïsme était considérée en fait comme une sorte de devoir religieux ; elle était liée, dans la conscience des croyants, à l’accomplissement de ce commandement : « Soyez féconds et multipliez-vous », qui fut donné aux hommes tout au commencement, aussitôt après la création de l’homme, avant même la chute. C’est pourquoi éviter la vie conjugale était jugé inapproprié et indigne d’un homme cherchant à observer les commandements de Dieu. Bien sûr, dans la vie, tout arrive ; tout le monde ne parvient pas à fonder une famille. Mais les personnes sans famille, sauf si, bien entendu, elles n’avaient pas de famille sans que ce soit de leur faute, étaient regardées comme des personnes ne suscitant rien d’autre que la compassion.
Cela valait également pour les prêtres, les lévites, les rabbins, les maîtres de la Torah. On considérait qu’aucun service de Dieu ne pouvait, en soi, devenir un obstacle à la vie familiale. Quant à Paul lui-même, il n’avait probablement pas encore eu le temps, au moment de sa rencontre avec le Ressuscité sur la route de Damas, de se marier et de fonder une famille : il était alors un homme relativement jeune, qui venait tout juste d’achever sa formation rabbinique. Peut-être même ne l’avait-il pas tout à fait achevée : on ne sait pas exactement si Paul, alors encore Saul, poursuivait à ce moment son apprentissage auprès de Gamaliel, ou non.
Mais devenu Paul et apôtre, l’ancien disciple de Gamaliel, Saul, ne pouvait plus vivre comme avant ; sa nouvelle vie était tellement remplie de déplacements et de voyages, souvent loin d’être sans danger, qu’il jugea préférable de ne pas avoir de famille du tout, afin de ne pas exposer les siens à toutes les peines de sa propre vie. On voit que c’est précisément cela que Paul a en vue lorsqu’il dit que l’homme marié est obligé de penser à sa famille, tandis que celui qui n’a pas de famille peut se consacrer entièrement au service, sans être distrait par rien d’autre et sans avoir à se retourner vers personne.
Mais l’apôtre comprend qu’un tel chemin ne peut pas être universel, qu’il est conditionné par la spécificité d’un appel concret et d’un service concret. En parlant de lui-même comme d’un homme qui « a l’Esprit de Dieu », Paul défend son droit, de même que le droit de toute autre personne, si Dieu l’appelle précisément à un tel chemin, de rester sans famille. Il invite à ne pas regarder les célibataires comme des personnes malheureuses dont la vie a échoué, affirmant qu’il peut y avoir là aussi un choix conscient d’un chemin correspondant.
Une telle affirmation de la dignité du célibat, sur fond de mépris traditionnel à son égard, était alors absolument nécessaire. Mais l’apôtre attire aussi l’attention sur le fait qu’en ces temps présents, lorsque le Royaume s’est déjà approché selon la parole du Sauveur Lui-même et que Son retour dans la gloire peut être attendu chaque jour, il ne faut pas s’attacher à la famille pas plus qu’à quoi que ce soit d’autre dans ce monde. Il y a en effet la famille comme union conjugale, comme profondeur et plénitude de relations qui, s’il s’agit de chrétiens, sont enracinées dans la vie du Royaume ; et il y a la famille comme phénomène social et domestique. Or cette vie domestique et la société qui l’engendre n’entreront pas dans le Royaume, restant dans ce monde-ci. Cela signifie qu’il est absolument nécessaire de vivre même la vie familiale de telle manière que le quotidien et le social ne prennent pas le dessus sur sa composante spirituelle ; c’est ce que rappelle Paul.
