RÉFLEXIONS pour Ep 6:10-24
Du thème des relations sociales, Paul passe à celui du service chrétien et de sa place dans la société. Il proclame aussitôt que les chrétiens ne combattent pas les hommes, même si ces hommes détiennent le pouvoir (suivant l’usage juif, il les appelle « chair et sang »), mais que le but de leur combat est les forces spirituelles qui déterminent l’état du monde déchu. Il les appelle « principautés », « puissances » et « régisseurs des ténèbres d’ici-bas » (« dominateurs des ténèbres de ce siècle »), leur associant « le souffle du mal qui est sous le ciel » (« les esprits du mal dans les lieux célestes », v. 12). Le but des chrétiens, on le voit, n’est pas la prise du pouvoir ni les transformations sociales comme telles, mais la diminution de l’influence des forces du mal qui, agissant principalement à travers les hommes, ne sont pas elles-mêmes humaines et n’utilisent l’homme que comme instrument ; bien sûr, l’homme ne peut devenir un tel instrument qu’en y donnant son consentement.
En parlant ainsi, l’apôtre voulait sans doute mettre en garde ceux qui étaient séduits par les idées d’un messianisme religieux et politique, largement répandu en ces jours-là dans le milieu synagogal et autour des synagogues. D’ailleurs, toute lutte pour le pouvoir en général, lorsqu’elle devient une fin en soi, ne diminue nullement la mesure du mal dans le monde ; elle donne aux esprits des ténèbres un champ extrêmement vaste pour leur activité. Seul le Royaume entrant dans le monde peut diminuer cette mesure ; c’est pourquoi la tâche principale du chrétien est le témoignage rendu au Royaume et au salut, ainsi qu’à Celui qui l’a apporté dans le monde. Mais pour que le témoignage soit adéquat, il faut au témoin fidélité (« vérité ») et justice, sans lesquelles on ne peut participer au Royaume (v. 14-15). Et l’arme principale du témoin dans l’opposition au mal où gît le monde est la confiance en Dieu (« la foi »), la justice, qui est le meilleur témoignage rendu au Royaume, et la Torah, la parole de Dieu, qui permet de distinguer le bien du mal et de faire le bon choix dans les situations difficiles où le témoin devra tôt ou tard se trouver (v. 14-17). Un choix dont dépendra en fin de compte non seulement le destin de ceux à qui il rend témoignage, mais aussi son propre salut.
