RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Lc 6:17-23

Sur les béatitudes, au cours de deux mille ans d’histoire chrétienne, on a sans doute dit et écrit plus que sur n’importe quel autre texte évangélique. Et le plus souvent, les commentateurs ont tenté d’y découvrir une parole nouvelle, dans le domaine moral, théologique ou spirituel et ascétique.

Mais une question légitime se pose : dans quelle mesure était-il nécessaire que Jésus commence Son entretien avec ceux qui L’écoutaient par l’éthique, l’ascèse ou la théologie ? Il s’adressait en effet à des croyants, dont beaucoup étaient certainement très religieux. Leur parler de normes morales n’avait pas grand sens : les commandements du Décalogue leur étaient déjà bien connus. Quant aux subtilités théologiques ou ascétiques, elles convenaient difficilement à cet auditoire assez mêlé et peu instruit.

D’ailleurs, ceux qui écoutaient Jésus attendaient une réponse à une tout autre question. À cette époque, les attentes messianiques étaient très fortes dans le peuple juif ; de nombreux prétendants au messianisme étaient déjà apparus et, bien qu’ils aient tous, ce qui n’a rien d’étonnant, échoué, l’attente ne devenait pas moins tendue, et le peuple regardait avec espérance quiconque laissait entrevoir ne serait-ce qu’un indice du Messie.

Il n’est pas étonnant que les auditeurs de Jésus aient aussi porté sur Lui-même un tel regard d’espérance. Et Il ne voulait pas tromper leurs attentes. Mais s’Il avait déclaré directement Son messianisme, cela se serait presque certainement produit : car, dans les milieux rabbiniques comme dans la conscience populaire, la personne du Messie était liée à quelque chose de guerrier et d’héroïque ; le Messie devait, selon ces représentations, être un grand roi terrestre qui rétablirait l’indépendance d’Israël et en ferait un État fort, gouverné selon les lois de la Torah. Or Jésus, bien sûr, ne pouvait rien promettre de tel au peuple. Il rappelle simplement à Ses auditeurs ce qu’attendaient les messianistes des époques antérieures, depuis le temps d’Isaïe de Jérusalem.

C’est alors, semble-t-il, qu’est né le premier mouvement messianique, dont les participants furent appelés « pauvres » ; ils acceptèrent ce nom, qui s’attacha ensuite à ceux qui menaient une vie juste et attendaient la venue du Messie. C’est donc de leur béatitude, de celle de ces messianistes, que parle Jésus. Il témoigne réellement de Son messianisme et de la proximité du Royaume, qui entre déjà dans le monde. Mais il y entre non au son des trompettes guerrières, mais doucement, dans ce silence où un cœur spirituellement attentif entend Dieu. Un Royaume dont la béatitude n’est compréhensible qu’aux pauvres.