RÉFLEXIONS pour Ep 4:1-16
En parlant de l'unité de la communauté ecclésiale, Paul a manifestement en vue non pas simplement une unité organisationnelle ou doctrinale. L'unité de la communauté ecclésiale est pour lui, avant tout, le signe d'une vie spirituelle normale et pleine chez les chrétiens qui en font partie. L'apôtre comprend parfaitement que l'unité n'est pas une fin en soi, ni même un moyen de résoudre telle ou telle tâche qui se pose à l'Église. L'unité de la communauté est la conséquence naturelle de relations normales entre chrétiens comme habitants du Royaume. Si Dieu est réellement non seulement «au-dessus de tous», mais aussi «en tous» et «à travers tous» (v. 6), alors l'unité de «tous» va de soi; d'autres relations entre des personnes qui vivent dans le Royaume et respirent avec Dieu d'un même souffle sont tout simplement impossibles.
Mais l'homme, qui n'est pas encore transfiguré jusqu'au bout, peut facilement perdre le Royaume en cédant à sa propre condition pécheresse; c'est pourquoi Paul appelle les chrétiens d'Éphèse à garder l'unité (v. 1-6): dans sa bouche, cet appel sonne comme un appel à ne pas oublier le Royaume et la vie spirituelle. Et Paul juge les ministères ecclésiaux selon qu'ils rapprochent ou non les serviteurs de la plénitude de la vie dans le Royaume. Pour lui, la notion même de grâce est inséparable du service: elle est donnée au chrétien pour le service et comme une part indissociable des relations qui l'unissent au Ressuscité (v. 7-10). Et, pour Paul, le service est lui aussi inséparable de la vie spirituelle du serviteur. Si l'Église était une organisation religieuse ordinaire, tout serait plus simple: on préparerait simplement les futurs serviteurs comme on se prépare, dans notre monde encore non transfiguré, à tout travail qui exige des connaissances et des compétences particulières; puis, après cette préparation, ils partiraient vers leurs ministères comme de jeunes spécialistes vont travailler après leurs études.
Mais dans le Royaume tout est différent: ici, il est impossible d'apprendre quelque chose ou de s'y préparer sans s'enraciner dans la vie du Royaume et sans transformer sa propre nature, de sorte qu'il faut apprendre le service au cours même de ce service. La vie du Royaume est si intégrale qu'on ne peut la séparer du service au sens étroit et concret du mot, et personne n'y est prêt, avant tout parce qu'on ne peut apprendre à vivre dans le Royaume qu'en y entrant. Et l'on ne peut apprendre les ministères du Royaume qu'en vivant en lui. La vie dans le Royaume devient elle-même service, et le service devient une part de la vie du Royaume. Ce n'est pas un hasard si Paul voit le sens principal de tous les ministères ecclésiaux dans l'édification du corps du Christ, et la tâche principale des serviteurs dans l'atteinte de cette plénitude de vie spirituelle que, dans notre langage habituel, on peut appeler la majorité spirituelle: l'homme devient alors assez mûr à tous égards pour qu'on puisse déjà lui confier n'importe quelle affaire, comme on la confie à un adulte responsable (v. 11-16). L'Église est la communauté des habitants du Royaume, et lui seul peut être le moyen, le but et le sens de tout ministère ecclésial.
