RÉFLEXIONS pour Rm 16:17-24
En achevant son épître, Paul demande aux chrétiens de Rome d’éviter ceux qui introduisent des divisions dans la communauté, en leur rappelant la nécessité d’être « sages pour le bien et simples pour le mal » (v. 17-19). Un tel appel était tout à fait naturel dans le contexte de tout ce que Paul écrivait à l’Église de Rome au sujet du Christ, du Royaume et de la vie spirituelle. En effet, la sagesse, comprise comme elle l’est habituellement par la plupart des auteurs bibliques, c’est-à-dire comme un art ou une compétence pratique, signifiait, appliquée au bien, rien d’autre que l’art de la vie juste et l’habitude de suivre la Torah. Cette habitude était nécessaire à ceux qui voulaient marcher sur le chemin de la justice avant la venue de Jésus-Christ dans le monde, mais elle était particulièrement importante pour ceux qui avaient choisi de suivre le Christ et de vivre dans le Royaume : car à l’époque présente, époque de confrontation entre le Royaume et un monde pas encore entièrement transfiguré, l’exigence de suivre la Torah et de marcher sur le chemin de la justice se révèle, pour ceux qui ont choisi le Royaume, n’être au fond rien d’autre que la confirmation quotidienne d’un choix fait une fois pour toutes et de promesses données une fois pour toutes.
Cependant, le choix du Royaume ne signifie pas pour les fidèles un refus du monde : car c’est précisément ici, dans notre monde en voie de transfiguration et pourtant opposé au Christ et au Royaume, qu’ils devront être témoins du Christ et du Royaume. Et ils devront rencontrer chaque jour et à chaque heure le mal dans lequel le monde repose. Or, dans une telle rencontre, la simplicité, bien entendu au sens biblique du terme, se révèle absolument nécessaire. Car, au sens biblique et évangélique, la simplicité n’a rien à voir ni avec la sottise, ni avec la naïveté ou l’ignorance. Le mot grec correspondant désigne avant tout cette intégrité spirituelle de la personne sans laquelle la justice est impossible en principe. Sans une telle simplicité, il est impossible de suivre le Christ et impossible d’acquérir le Royaume, tout comme il est impossible d’y vivre. Et l’apôtre, qui le comprend parfaitement, rappelle de nouveau aux chrétiens de Rome, à la fin de son épître, ce qui est principal, ce qui constitue le fondement de la vie spirituelle de quiconque marche sur le chemin de la justice et cherche le Royaume.
