RÉFLEXIONS pour Lc 2:21-52
La lecture d’aujourd’hui poursuit le récit des témoignages liés à la Nativité. Et si les premiers témoins furent les bergers, voici que viennent maintenant à leur place les justes et les prophètes. À première vue, ces gens ne ressemblent pas du tout à de simples bergers. Mais il y a quelque chose de commun qui les unit : tous attendent le Messie et sont prêts à L’accueillir tel qu’Il est. Pour le prophète, ce qui compte le plus est la révélation reçue de Dieu ; il entend Dieu directement, et la question de savoir s’il peut faire confiance à ce qu’il a entendu ne se pose pas pour lui.
L’expérience prophétique de la communication directe avec Dieu est bien sûr chaque fois unique, mais malgré toute son unicité, aucun de ceux qui ont eu à entendre la voix de Dieu ne se demandait, comme disent les théologiens modernes, s’il fallait une vérification théologique : tout prophète reçoit la révélation obtenue comme une indication directe pour agir. Et si Dieu désigne l’enfant porté au Temple comme le Messie, alors cet enfant est réellement le Messie, quoi que l’on dise et quels que soient les doutes exprimés à ce sujet par les rabbins savants et les enseignants de la Torah.
La justice est un phénomène d’un autre ordre, mais il est souvent donné au juste, lui aussi, d’entendre Dieu. Et si parfois son ouïe mystique n’est pas aussi aiguë que celle du prophète, l’habitude de faire confiance à Dieu sans réserve aide le juste à s’assurer de l’authenticité de la révélation reçue. Ces personnes sont apparentées aux simples bergers non seulement par l’attente du Messie, mais aussi par leur attitude envers Dieu et envers la volonté de Dieu. On pourrait dire que, contrairement par exemple à ces mêmes pharisiens, elles sont peu religieuses. Bien sûr, elles sont toutes membres de la Synagogue, mais là, visiblement, elles ne sont pas au premier rang : il y a là des gens dont l’activité les rend peu visibles, et parfois même tout à fait invisibles.
Dans les controverses théologiques et politico-religieuses, si fréquentes dans les synagogues des temps évangéliques, elles ne participent, semble-t-il, que rarement et à contrecœur, ou pas du tout. Elles n’appartiennent à aucune école religieuse et, peut-être, n’ont même pas ce qu’on appelle ordinairement une vision religieuse du monde. Elles font simplement confiance à Dieu, qui est depuis longtemps devenu le centre et le sens de leur vie, et elles vivent en écoutant attentivement ce qu’Il leur dira. Ou bien elles gardent leurs troupeaux, comme les bergers de Bethléem. Certes, comparées aux théologiens savants, elles peuvent paraître simples et même, comme les bergers, ignorantes. Mais en revanche, elles n’auront aucun problème d’interprétation théologique de ce qu’elles ont entendu de Dieu. Ni de doutes superflus sur la fiabilité de ce qu’elles ont entendu. Voilà pourquoi il leur est donné de voir le Messie avant les autres. Y compris avant ceux qui étaient certains de Le voir les premiers.
