RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mt 12:46-13:3

Comme on le voit, Jésus se rapporte aux liens de sang sinon toujours négativement, du moins toujours avec une réserve critique. Une telle attitude paraît étonnante si l'on considère le rôle que jouait le principe clanique et tribal dans la société juive. À proprement parler, l'appartenance même au peuple de Dieu se définissait selon le clan et la tribu. Et pourtant Jésus repousse les liens de parenté au second plan.

On pourrait certes penser que Jésus est l'Homme d'une autre époque, celle de la civilisation hellénistique et des grands empires. À cette époque, l'origine de l'homme comptait moins que sa personne. Mais, comme on le voit, il ne s'agit pas seulement de l'époque, d'autant que la société juive précisément demeurait très conservatrice en matière de liens de parenté et de famille.

Jésus ne dit évidemment pas par hasard que Ses proches sont ceux qui accomplissent la volonté de Dieu. Et il ne s'agit pas seulement du fait qu'Il avait besoin de compagnons de pensée et d'aides. Il s'agit de l'essence même des liens de sang. Ils constituent sans aucun doute un puissant facteur d'union entre les hommes dans le monde déchu ; c'est là leur force. Mais c'est aussi leur faiblesse : en liant les hommes entre eux, ils les attachent en même temps à l'ordre non transfiguré des choses, les y intégrant aussi solidement que rien d'autre. Alors il apparaît que, pour le Royaume, les liens de sang doivent, sinon être totalement rompus, du moins être repoussés au second plan.

Il semblerait qu'une telle décision mette fin à la possibilité même de faire quelque chose pour le salut de ses proches. Mais ce n'est pas toujours le cas : car pour sauver les autres, il faut d'abord participer soi-même à la vie du Royaume, dont le souffle seul est salvateur. Tant que les relations qui étaient purement naturelles n'auront pas changé de qualité, une telle participation restera impossible. Mais, d'un autre côté, la transformation spirituelle de la vie du chrétien trouble souvent objectivement ses anciens liens de sang si ses parents ne marchent pas avec lui sur le même chemin : car si l'un d'eux est prêt à construire ses relations avec son prochain selon les lois du Royaume, et l'autre non, les relations entre eux deviendront, au fond, impossibles. En revanche, celui qui n'a pas encore commencé son chemin vers le Royaume aura la possibilité de bénéficier du soutien de son parent chrétien si, et quand, il commencera ce chemin : car celui-ci sera prêt à de nouvelles relations et les « rattrapera » dès que celui qui fait le premier pas en ressentira le besoin.

De tels liens de sang, transfigurés par le souffle du Royaume, peuvent devenir non plus un frein, mais une aide pour la vie spirituelle. Et Jésus, le sachant, ne s'accroche pas à l'ancien ; Il offre à Ses disciples une vie nouvelle avec des relations renouvelées.