RÉFLEXIONS pour Ga 6:1-10
Poursuivant la conversation sur le Royaume et sur les relations qui se forment entre les habitants du Royaume, Paul formule une règle fondamentale de la vie spirituelle, proche du proverbe bien connu: «Ce que tu sèmes, tu le récolteras» (v. 7-9). L'apôtre comprend parfaitement que la vie spirituelle est un processus, tout comme la vie ordinaire, mais, à la différence de celle-ci, elle ne se déroule pas selon les lois de notre monde encore non transfiguré, mais selon les lois du Royaume. Et si, dans le monde non transfiguré, il est tout à fait possible qu'un homme qui viole la Torah et toutes les normes morales réussisse néanmoins à certains égards, cela est impossible en principe dans le Royaume. Non parce que quelqu'un empêcherait spécialement le transgresseur de la Torah de réussir, mais parce que la nature même du Royaume ne le permet pas. C'est pourquoi Paul rappelle l'absurdité, du point de vue des lois du Royaume, de la vantardise et de l'élévation de soi (v. 3-5): il ne s'agit pas seulement du fait que c'est une tromperie, mais aussi du fait que c'est une tromperie inutile; dans le Royaume, tromper est non seulement impossible, mais aussi dépourvu de sens. La nature même du Royaume permet à l'homme d'être seulement ce qu'il est en réalité.
On pourrait dire que le Royaume est un monde où se dissipent toutes les illusions et disparaissent tous les mirages, les effrayants comme les consolants. Il n'est pas étonnant qu'en parlant des corrections, l'apôtre conseille à ceux qui reprennent les autres de faire preuve de douceur et de veiller sur eux-mêmes (v. 1). Bien sûr, il est important de veiller sur soi parce que chacun peut pécher et que, pris par la correction du péché du prochain, on peut très facilement le faire: pendant la correction, l'attention de celui qui reprend se déplace inévitablement de lui-même vers le prochain, si bien qu'il ne reste d'ordinaire pas de temps pour veiller sur soi, ou très peu. Mais ce n'est pas seulement cela. On peut se laisser emporter par la correction en un autre sens aussi, en oubliant que dans le Royaume, où tous se trouvent dans un espace spirituel unique, l'état spirituel de chacun concerne non seulement lui-même, mais aussi tous ceux qui partagent avec lui la vie du Royaume. Le péché d'autrui cesse dans le Royaume d'être étranger; il devient un problème commun, le problème de toute la plénitude du Royaume, qu'il détruit et avec lequel on ne peut donc se résigner. Mais la lutte contre le péché peut elle aussi se révéler destructrice pour le Royaume, surtout si elle devient lutte non seulement contre le péché, mais contre le pécheur lui-même.
Bien sûr, si le pécheur s'identifie à son péché en refusant de se repentir, la situation devient réellement critique: il arrive parfois qu'un pécheur impénitent puisse même perdre tout accès au Royaume. Mais dans tous les autres cas, il faut aider l'homme à se libérer du péché qui l'entrave, et non le pousser dehors simplement parce que sa présence cause trop de soucis à tous les autres. C'est évidemment cela que Paul a en vue lorsqu'il parle de la nécessité de porter les fardeaux les uns des autres (v. 2). On le voit, tout ce que l'apôtre dit des relations des chrétiens envers eux-mêmes et les uns envers les autres n'a qu'un seul but: réorienter les membres de l'Église de Galatie des lois de notre monde encore non transfiguré vers les lois du Royaume.
