RÉFLEXIONS pour Ez 18:21-28
Quand il s'agit du péché et de la justice, l'approche qui nous est la plus proche, à nous les hommes, est formelle, arithmétique. Nous sommes prêts à compter scrupuleusement les bonnes et les mauvaises actions des autres (ou, plus rarement, les nôtres), afin d'établir sinon un bilan définitif, du moins intermédiaire, et de comprendre ce que nous avons atteint et à quoi nous avons droit devant Dieu. Et du jugement de Dieu nous attendons souvent le même calcul et le même bilan, mais cette fois définitif.
Un bilan où absolument tout sera pris en compte: car rien n'est caché à Dieu, et l'on ne peut douter de la justesse de Ses évaluations. Ce n'est pas un hasard si le jugement après la mort, tel que les païens se le représentaient, se ramenait précisément à une telle évaluation, à l'établissement d'un bilan définitif. L'image de la balance, de la pesée de l'âme après la mort, était largement répandue et bien connue dans l'Antiquité, au Proche-Orient comme dans le monde gréco-romain. Et beaucoup de croyants yahvistes attendaient quelque chose de semblable de leur Dieu.
Ézéchiel détruit toutes leurs attentes. Il dit: il n'y a aucun bilan, aucune récapitulation. Le juste qui pèche une fois peut mourir à cause de ce péché. Et le pécheur qui se tourne une fois vers Dieu et se repent des péchés commis peut rester en vie. Humainement, cela paraissait tout à fait injuste: un seul péché pourrait-il donc éclipser toutes les bonnes actions accomplies par le juste? Et un seul retournement, un seul repentir, l'emporterait-il sur tout le mal commis par le pécheur? Mais Dieu a une autre arithmétique.
Ou plutôt, Il n'en a absolument aucune. Dieu ne compte pas les mauvaises et les bonnes actions accomplies par les hommes. Bien sûr, Il les voit parfaitement et les connaît. Mais ce ne sont pas les récompenses et les châtiments qui Lui importent. Pas le bilan des bonnes et des mauvaises actions. Il sait déjà depuis le temps de Noé que toutes les pensées du coeur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse. Mais ce qui Lui importe, c'est de sauver l'homme. Tel qu'il est. Et Il utilise pour cela toute possibilité. Or une possibilité apparaît quand, entre Lui et l'homme qu'Il veut sauver, naissent et s'établissent au moins quelques relations. Fût-ce pour une seconde.
Pour Dieu, une seconde est infiniment beaucoup. Car dans cette unique seconde, Il peut faire tenir toute la plénitude de Son Royaume. Peu importe ce qui était hier, avant-hier, il y a un an ou dix ans. Ce qui importe, c'est ce qui est ici et maintenant. Car pour Dieu il n'y a ni passé ni avenir, seulement l'éternel présent. Toute relation avec lui est toujours ici et maintenant. Et son absence aussi. C'est pourquoi le salut du juste et la perte du pécheur se produisent aussi ici et maintenant. Sans aucune arithmétique. Seulement par l'amour de Dieu. Accueilli ici et maintenant, ou rejeté ici et maintenant.
