RÉFLEXIONS pour Is 10:1-34 — le 21 juin 2025

RÉFLEXIONS pour Is 10:1-34

Le thème principal de la prédication d’Isaïe que nous propose la lecture d’aujourd’hui est celui du reste (v. 20–23). Cette notion est devenue par la suite centrale pour toute la tradition messianique de l’Ancien Testament. À vrai dire, Isaïe comprenait déjà parfaitement que ceux qui avaient gardé fidélité à Dieu, à l’Alliance et à la Torah étaient minoritaires en Israël. Et tous les malheurs qui frappaient le pays et le peuple, y compris l’invasion des Assyriens dont le prophète avertit ses compatriotes (v. 5–6), en découlent précisément.

Il ne s’agit même pas de savoir si les habitants de Jérusalem et de Juda acceptent ou non les paroles d’Isaïe lui-même. Car, au fond, le prophète ne leur demande rien d’extraordinaire. Il rappelle seulement la nécessité d’observer la Torah, y compris lorsqu’il est question de vie sociale et politique (v. 1–4). Mais, comme l’histoire en témoigne, c’est précisément cela qui s’avère pratiquement impossible, aussi bien au temps d’Isaïe qu’aujourd’hui. Non pas que vivre selon la loi donnée par Dieu soit impossible en principe : Dieu n’aurait guère demandé à Son peuple, par la bouche de Son prophète, quelque chose d’impossible. Mais dans ce cas, il faudrait vivre tout autrement, autrement à un point tel que l’homme habitué à l’ordre actuel des choses a peur de penser à une telle vie. Si peur que même les malheurs et les catastrophes qui l’atteignent lui paraissent moins terribles que cette autre vie possible, et que l’homme est prêt à faire n’importe quoi pourvu qu’il ne se tourne pas vers Dieu, vers l’Unique qui pourrait l’aider (Is 9:13).

Un tel entêtement n’est pas fortuit : en se tournant vers Dieu, il faut être prêt à répondre à Son appel et à suivre Sa loi, sinon toute religiosité restera une simple apparence. Et si, en temps de paix et de tranquillité, on peut encore demeurer dans les illusions, parler de sa propre religiosité sans penser sérieusement à suivre la Torah, au temps des malheurs et des catastrophes ces illusions se dissipent vite, et la religiosité extérieure disparaît comme de la fumée. Seuls demeurent fidèles ceux qui étaient fidèles à Dieu déjà en temps de paix, observant les commandements qu’Il a donnés et suivant Sa loi. Et l’invasion des Assyriens, comme toute autre catastrophe nationale, ne change en rien l’état spirituel du peuple dans son essence. Et, bien sûr, aucune défaite militaire ni aucun autre cataclysme social ne peut être la cause d’une crise spirituelle ; il ne peut en être que la conséquence.

Isaïe comprend évidemment très bien que ce ne sont pas les Assyriens qui perdent le peuple de Dieu, mais l’apostasie, l’oubli de Dieu et la transgression de la Torah. Mais les fidèles qui se trouvaient dans le peuple avant l’invasion et la défaite assyriennes ne disparaissent pas ; au contraire, leur fidélité devient encore plus visible sur fond d’apostasie générale. Ce n’est pas un hasard si Isaïe perçoit le jour du malheur comme le « jour de la visite », c’est-à-dire comme le jour du jugement de Dieu (v. 3) : car c’est précisément au jour du Jugement que tout reprend sa vraie place, que tous les masques tombent et que le secret devient manifeste. Et sans un tel jugement, l’avènement du Royaume messianique est impossible. Ce Royaume dont l’avènement achève l’histoire terrestre.