RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Mt 8:21-22

Les paroles de Jésus sur les morts qu’il faut laisser enterrer leurs morts peuvent sembler trop dures. Pourtant, Il parle ici de ce qui constitue l’essence de cette vie nouvelle qui, avec Lui, est entrée dans le monde. La situation elle-même pose des questions. On ne sait pas très bien s’il s’agit d’un père déjà mort qui attend d’être enseveli, ou d’un vieillard dont le fils demande la permission de vivre avec lui pour qu’il ne reste pas seul au soir de sa vie. Mais, quoi qu’il en soit, une chose est claire : il s’agit d’aider quelqu’un à finir sa vie. À mourir paisiblement. À l’accompagner dans son dernier voyage.

En un mot, de tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, est lié à la mort. Or Jésus a apporté au monde la plénitude de la vie. Une plénitude que le monde ne connaît pas. Ce que nous appelons ici habituellement la vie se révèle en réalité être une mort différée. Une lente agonie. Et la seule question est de savoir dans quelle mesure nous réussirons à repousser la fin inévitable dans le monde déchu. Le Sauveur propose une alternative à tout cela. La plénitude de la vie. On peut l’accueillir, mais il faudra alors laisser cette apparence de vie qui nous est si familière.

Cesser de mourir et commencer à vivre. C’est étrange, incompréhensible, inhabituel. Plus encore : cela paraît impossible. Même aujourd’hui. Même aux chrétiens. Et aujourd’hui, dans les hôpitaux et les hospices, des chrétiens aident d’autres chrétiens à finir leur vie. Ils les accompagnent dans leur dernier voyage. Et ils cherchent sans cesse de nouveaux moyens de réconcilier ces chrétiens qui s’en vont avec une mort inévitable, qui, pour ces mêmes chrétiens, dans une situation normale, ne devrait tout simplement pas exister.

Et si elle existe, si aujourd’hui ce problème se pose pour les chrétiens qui achèvent leur parcours terrestre avec la même acuité que pour les juifs des temps préchrétiens (et parfois avec plus d’acuité encore, non pas même comme pour des juifs, mais comme pour de véritables païens), cela signifie que quelque chose ne va pas dans notre christianisme. Dans notre rapport à la vie et à la mort. Au chemin. Au Royaume, non pas en général, mais dans notre vie. Si ceux qui s’en vont et ceux qui restent sentent de tout leur être que devant ceux qui partent il n’y a pas le chemin du Royaume, mais la mort et seulement la mort, alors, en vérité, ni les uns ni les autres n’ont jamais vécu de la vie du Royaume. Or Jésus nous oriente précisément vers cette vie-là. Et ce n’est pas du maximalisme : car elle seule mérite sans réserve le nom de vie. Et elle seule vaut la peine d’être vécue.