RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour 2Tm 4:7-8

Emprisonné et faisant le bilan de son service et de son chemin terrestre, Paul dit de lui-même qu'il a « bien mené son combat » (« j'ai combattu le bon combat »), qu'il a « achevé la course » et qu'il a gardé la foi, manifestement non comme un simple système d'opinions, mais d'abord comme fidélité au Christ et confiance en Lui. Et maintenant le Sauveur, selon la parole de l'apôtre, lui a préparé la couronne de justice.

Cette couronne, selon le propre témoignage de Paul, transforme sa vie en libation sacrificielle, en « sacrifice ». Ici l'apôtre se souvient clairement des paroles du Sauveur Lui-même sur la vie, que l'on traduit souvent par « âme », et que l'homme peut soit donner au Christ pour l'Évangile, la sauvant ainsi, soit garder pour lui-même et alors finalement la perdre.

En effet, l'âme au sens biblique n'est pas une structure ni quelque chose de statique ; elle est un processus, un flux rappelant un fleuve qui traverse l'homme, dans lequel en même temps demeure mystérieusement l'homme lui-même, son « moi » spirituel, son coeur, comme la Bible appelle ce « moi ». Et l'on ne peut entrer dans le Royaume qu'en laissant orienter le flux de sa propre vie par Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Il faudra se séparer de sa vie ; elle cessera de nous appartenir avant même que notre corps physique ne meure.

Alors que le corps est encore vivant, elle appartiendra déjà au Christ, et nous existerons en elle comme Il nous l'ordonnera. Le flux de notre vie deviendra alors réellement quelque chose qui ressemble à une libation sacrificielle : le vin ou l'huile ne sont pas en eux-mêmes un sacrifice, ils ne sont qu'un ajout au principal ; mais ils deviennent une partie de ce processus spirituel et naturel qu'était tout véritable sacrifice yahviste.

Et maintenant il se produit quelque chose de semblable, dans les limites d'une vie humaine et à l'échelle de tout le corps du Christ en même temps. Ainsi le chrétien obtient la couronne de justice : par ce don de soi au pouvoir du Christ, il reçoit la plénitude de la vie du Royaume, dans laquelle sa propre vie est elle aussi conservée. Le Royaume ressemble beaucoup à un océan, mais sur un point il s'en distingue tout de même : le filet de chaque vie que le Royaume accueille n'y disparaît pas sans trace, comme disparaît le filet d'eau d'une rivière lorsqu'elle se jette dans l'océan.

La plénitude du Royaume inclut la plénitude de la vie de chacun de ses habitants. Et donc aussi la plénitude de sa justice : car il ne peut y avoir de vie injuste dans le Royaume. Bien sûr, il existe une alternative : on peut garder sa vie pour soi. Mais alors, après la mort du corps, elle s'en ira comme de l'eau dans le sable. Le choix est simple : répandre sa vie en vain ou la remettre au Roi qui saura la garder dans Son Royaume. L'apôtre, comme on le voit, a fait son choix, et il ne le regrette pas.