RÉFLEXIONS pour Ac 2:1-13
Il est devenu banal de désigner le jour de la Pentecôte comme le jour de naissance de l'Église. C'est absolument vrai. Mais de quoi s'agit-il exactement? Le plus souvent, on parle de la communauté apostolique sur laquelle est descendu l'Esprit Saint, faisant d'elle l'Église, la première communauté ecclésiale sur la terre. C'est vrai, bien sûr. Mais avec cette perspective, l'Église se trouve tout de même un peu limitée. Elle devient une communauté, certes inhabituelle, conduite par le Christ ressuscité Lui-même, guidée par l'Esprit Saint, mais tout de même une communauté humaine.
D'ailleurs, en mentionnant la primauté du Christ et la conduite de l'Esprit Saint, beaucoup disent: divino-humaine. Mais même cette définition limite encore l'Église. Il sera sans doute plus exact de dire que l'Église n'est pas une communauté. Pas une société de personnes. C'est un processus. Un processus spirituel. Un courant du souffle de Dieu, dans lequel entrent les personnes qui ont accueilli ce souffle dans leur coeur. Ce souffle de Dieu fait irruption dans le monde le jour de la Pentecôte. Ce «comme un vent» qui envahit la pièce où étaient réunis les apôtres et ceux qui partageaient leur pensée n'était pas un vent ordinaire, physique.
Le souffle de Dieu est parfois réellement ressenti comme une brise légère, les livres bibliques en parlent. Mais ici ce n'est plus une brise légère: c'est un vent violent, presque un ouragan, qui entre dans la maison. Ainsi le Royaume, son souffle, entre dans le monde. Comme si la porte du Royaume s'était ouverte et qu'il avait afflué ici, vers nous. Précisément ainsi: non seulement dans l'assemblée des fidèles, mais dans le monde. Toutes les assemblées, aussi nombreuses soient-elles dans l'histoire de l'Église, ne sont que dérivées de ce processus. Et lui-même, ce courant du Royaume dans le monde, est proprement l'Église. Ce souffle du Royaume rassemble les hommes en assemblées, et le mot grec qui, dans les livres du Nouveau Testament, désigne l'Église se traduit justement par «assemblée».
Il fait d'eux une église. Et aussi l'Église avec une majuscule. Même ceux qui se trouvent là comme par hasard, à la manière de ces gens dans la rue qui écoutent la prédication de Pierre. Ils n'entendent pas seulement des mots: les apôtres ne connaissaient pas autant de langues que l'auteur des Actes en énumère, et ces langues étaient même plus nombreuses que les apôtres. Ils entendent ce qui est derrière les mots. Seul un habitant du Royaume peut entendre ainsi. Et donc tous ceux qui écoutaient alors Pierre sont devenus pour un temps des habitants du Royaume. Et donc une partie de l'Église.
Combien de temps ils sont restés dans le Royaume, et donc dans l'Église, c'est une autre question. Les «langues de feu» mentionnées par l'auteur du livre ne couvrent pas par hasard chacun de ceux qui se trouvaient alors dans la pièce. La lumière de la présence de Dieu est propre à chacun. Comme la Présence elle-même est propre à chacun. Sa mesure et sa permanence ne dépendent pas seulement de Dieu, mais aussi de l'homme. C'est cela qui détermine la mesure de la participation d'une personne concrète à la vie du Royaume. Mais c'est déjà la question du chemin spirituel de cette personne concrète. Le Royaume est entré dans le monde. La porte est ouverte. Et chacun se tient devant cette porte. Entrer ou non ne dépend que de l'homme.
