RÉFLEXIONS pour Ac 28:16-31 — le 7 juin 2025

RÉFLEXIONS pour Ac 28:16-31

Dans l'attente du jugement impérial, Paul ne perd pas son temps. Il rencontre d'abord les représentants de la communauté juive de Rome, l'une des plus grandes et des plus influentes de la diaspora occidentale. Comme toujours et partout, il s'adresse d'abord à son peuple. Paul en est sûr: il n'est coupable de rien ni devant la communauté romaine, ni devant le peuple juif dans son ensemble. Il le souligne encore et encore, en présentant son appel au tribunal de l'empereur seulement comme une mesure forcée.

Il ne rompt pas avec le judaïsme; il tente seulement de résoudre un conflit concret qui, dans cette situation précise, ne pouvait pas être résolu autrement. Quant à son témoignage, l'apôtre le commence, comme à Jérusalem, par un entretien sur la Torah et les livres prophétiques. Comme à Jérusalem, il en appelle à la Tradition. Précisément à la Tradition avec une majuscule. Non à la tradition religieuse, mais à la Tradition de la Révélation. Son conflit avec les responsables de la Synagogue à Jérusalem et avec le Sanhédrin, il le considère comme un conflit précisément religieux, donc local et ne touchant pas à l'essentiel.

L'essentiel pour l'apôtre, c'est l'histoire de la Révélation et l'histoire du salut qui lui est liée; elle est pour lui le noyau spirituel et l'axe spirituel non seulement du judaïsme, mais plus largement du yahvisme. En témoignant du Christ, Paul s'adresse précisément à la Tradition avec une majuscule. Il ne rejette pas, certes, la religion comme telle, mais il ne la met pas non plus au premier plan. Il sait, par l'expérience de sa propre rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas, que tout ce qui lui est arrivé depuis cette minute ne rentre dans aucun cadre religieux, mais peut entrer dans ces autres cadres qui se sont ouverts à lui, peut-être pas tout de suite.

À vrai dire, on ne peut appeler «cadres» le tableau spirituel ouvert à l'apôtre que de manière très conventionnelle. Paul voit comme par le regard spirituel toute la perspective de l'action de Dieu dans le monde: depuis sa création, celle de ce monde, à travers la tragédie de la chute, puis à travers le don de la Torah et la révélation prophétique, jusqu'au Christ, et donc jusqu'au Royaume qui entre dans le monde.

Voilà la Tradition dont vit Paul. Il s'appuie sur elle lorsqu'il témoigne du Christ, surtout lorsqu'il témoigne devant les Juifs. Il ne prive personne de rien et ne se prive lui-même de rien. Il ne renonce à rien, sauf à ce qui peut masquer la plénitude spirituelle qui s'est ouverte à lui. Mais ce qui fait obstacle, l'apôtre y renonce justement, vite et résolument. Sinon tout son témoignage perdrait son sens. Et donc sa vie aussi.