RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Jn 15:1-8

En parlant de la parole par laquelle Il a purifié Ses disciples, Jésus témoigne de nouveau de Lui-même comme de la Torah vivante. C'est bien des paroles de la Torah que l'on disait alors qu'elles purifiaient l'homme. Il ne s'agissait évidemment pas d'apprendre par coeur le texte du Pentateuque et de le répéter dans l'espérance que cette répétition même délivrerait celui qui répète de tous les péchés. Même si, à cette époque (comme d'ailleurs aujourd'hui), il y avait parmi les Juifs beaucoup de personnes qui connaissaient réellement le Pentateuque par coeur.

Mais il ne s'agissait pas d'apprendre le Pentateuque par coeur, il s'agissait de laisser le commandement de Dieu changer sa vie. D'abord intérieurement, puis extérieurement aussi. On ne regardait pas le commandement simplement comme une norme juridique, ni même morale, mais comme une révélation directe de la volonté de Dieu. Comme une intention de Dieu adressée à l'homme. Il fallait l'accueillir comme telle et construire sa propre vie en accord avec elle. Accorder ses intentions humaines avec celles de Dieu. C'est ce qu'on appelait alors la Torah intérieure. Celle-là même qui purifiait l'homme. Parce qu'elle devenait réellement une parole vivante de Dieu, capable de purifier. Et Jésus parle de la force purificatrice de Ses paroles. Il affirme ainsi que chacune de Ses paroles est parole de Dieu. Mais la purification par la parole ne suffit pas à elle seule. Il faut encore garder l'unité essentielle avec le Christ, sinon la vie pleine dans le Royaume est impossible. Essentielle signifie une unité où l'on vit avec Lui d'une seule vie.

Comme les sarments sur la vigne : leur vie normale n'est possible que tant qu'ils demeurent unis à cette vigne. Pourtant, la seule participation ne suffit pas : il faut encore que cette même vie se poursuive dans le sarment lui-même. Les sarments secs, comme les branches sèches des arbres, ne servent à rien, ils ne sont qu'un poids pour l'arbre ou pour la vigne. Il ne suffit pas d'être près de Jésus et de participer à Sa vie, il ne suffit pas de faire l'expérience du souffle du Royaume comme réalité, il faut encore devenir soi-même le réceptacle et le porteur de cette vie et de ce souffle.

Bien sûr, le souffle du Royaume qui enveloppe l'homme le change, et la rencontre avec le Christ ne passe pas sans laisser de trace ; mais si, après tout cela, l'homme ne change pas intérieurement, s'il ne devient pas lui-même, selon la parole de Paul, « temple du Saint-Esprit », lieu où l'Esprit demeure, on peut dire que toutes les rencontres ont été vaines et que toute l'expérience s'est perdue inutilement. C'est pour cela que le chrétien a besoin de la Torah intérieure : afin que ce qui a été reçu dans les rencontres avec le Christ et dans l'expérience du Royaume ne s'écoule pas de son âme comme l'eau à travers un crible. C'est seulement dans cette unité double de la Loi (la Torah intérieure) et de la grâce que la vie du Royaume est possible, non pas épisodique et fortuite, mais pleine.