RÉFLEXIONS pour Mt 26:57-75
La lecture d'aujourd'hui achève le thème de la trahison et de l'apostasie des apôtres en nous racontant le reniement de Pierre (v. 69-75). L'image de Pierre devient centrale dans ce passage: au début même il est question de Pierre qui suit Jésus de loin, en secret (v. 57), et il se termine par la mention du chant du coq, qui signifiait l'accomplissement de la prophétie de Jésus (v. 74-75). Pierre reste ici encore fidèle à lui-même: il se souvient manifestement de la promesse faite au Maître de rester avec lui jusqu'à la fin, et maintenant il l'accomplit comme il peut. Il ne peut certes rien changer, mais il veut au moins tout voir.
Il n'est pas difficile de deviner que toute l'attention de Pierre est fixée sur Jésus; il n'a ni force ni temps pour autre chose, et la nuit tendue et sans sommeil ne pouvait évidemment pas passer sans laisser de trace. Et c'est précisément à ce moment que l'on fait attention à lui, qu'on lui fait remarquer que lui aussi était avec Jésus. Or Pierre ne s'attend à rien de tel; il se souvenait sans doute de ses promesses, mais tout s'était avéré dépourvu de sens, la guerre messianique s'était terminée sans avoir eu le temps de commencer, et maintenant que tout était fini, il n'était plus question de fidélité. C'est peut-être pourquoi il renie si facilement, au passage, sans même avoir eu le temps de comprendre vraiment ce qui se passe.
Apparemment, pour Pierre comme pour les autres apôtres, Jésus était inséparable de leurs propres représentations de lui, de même que des représentations de l'oeuvre à laquelle ils comptaient prendre une part si active. Mais maintenant qu'il s'était avéré qu'il n'y aurait aucune «oeuvre», il ne pouvait plus être question de trahison: à première vue, il n'y avait plus personne ni rien à trahir! Si tout est fini, s'il n'y aura aucun Royaume, quelle importance que Pierre ait connu Jésus ou non? On peut garder fidélité même à la mémoire des défunts, mais quel sens y a-t-il à reconnaître sa participation à une conspiration avortée?
Mais alors le coq chanta, et Pierre comme s'éveilla, secouant l'engourdissement spirituel qui l'avait saisi après sa tentative manquée de défendre le Maître au jardin de Gethsémani. Et aussitôt tout devint clair pour lui. Il comprit peut-être pour la première fois qu'il aimait le Maître non seulement comme le chef de ses partisans, ni même seulement comme le Messie, mais aussi comme un ami proche qu'il croyait sans doute perdre pour toujours. Et il comprit qu'il n'avait pas renié une révolte manquée, mais cet amour. Un amour que l'on ne peut retrouver que par le repentir.
Et Pierre, ayant tout compris, se repent vraiment; il quitte la cour, comprenant qu'il faut garder fidélité au Maître d'une manière tout autre que ce qu'il avait pensé auparavant (v. 75). Et ce repentir le sauve: très bientôt il rencontrera de nouveau le Maître déjà ressuscité, qui recevra son repentir (Jn 21:15-18). L'apostat qui ne se repent pas devient traître, comme Judas; l'apostat qui se repent reste un disciple fidèle, comme Pierre.
