RÉFLEXIONS pour Mt 25:31-46
La lecture d'aujourd'hui achève le cycle des entretiens de Jésus sur la venue du Royaume et sur Son retour à venir, et elle s'achève par un entretien sur le Jugement. Il n'est pas étonnant que ceux qui entrent dans le Royaume passent par le Jugement; ce qui est étonnant, ce sont les critères présentés à ceux qui entrent.
La représentation traditionnelle du Jugement supposait que la justice était déterminée par le fait qu'une personne ait suivi ou non les commandements et les prescriptions de la Loi. Ici, Jésus ne pose au Jugement qu'une seule question: M'avez-vous donné à manger, M'avez-vous donné à boire, avez-vous été auprès de Moi dans un moment difficile (v. 34-46)? Et en réponse aux questions étonnées de ceux qui entrent, Il explique: si vous avez fait, ou n'avez pas fait, cela pour l'un de Mes plus petits frères, considérez que vous l'avez fait, ou ne l'avez pas fait, pour Moi (v. 40, 45).
Les commentateurs citent traditionnellement cet entretien comme fondement des oeuvres de miséricorde, entendant par «plus petits frères» tous ceux qui ont besoin d'aide ou se trouvent dans une situation difficile. Mais Jésus parle ici précisément de Ses «plus petits frères», plus exactement de «ces plus petits frères». Dans la scène du Jugement, telle que Jésus la décrit, il n'y a personne sauf le Roi Lui-même et ceux qui sont venus au Jugement. Dans ce cas, par «ces plus petits frères», Jésus pouvait manifestement n'avoir en vue que les apôtres qui L'écoutaient; en présentant le Roi au Jugement, Il parle d'eux, semble-t-il, à la troisième personne, impliquant ainsi Ses auditeurs dans Son récit.
Alors il ne doit pas être question des pauvres ou de ceux qui ont besoin d'aide, mais de la communauté des fidèles portant le Royaume dans le monde, c'est-à-dire de l'Église telle que Jésus Lui-même l'a voulue et créée. À première vue, un tel tournant du récit paraît inhabituel, mais Jésus a dû, dans d'autres situations aussi, déplacer l'attention de Ses auditeurs des pauvres vers Lui-même. Ici, Il attire l'attention des auditeurs sur Ses disciples, qui devront porter le Royaume dans le monde.
Et cela n'a rien d'étonnant: car c'est cette tâche qu'Il considère comme la plus importante. L'Église n'est pas nécessaire pour satisfaire les besoins religieux de qui que ce soit, ni pour propager la morale, ni même pour aider ceux qui sont dans le besoin; elle est nécessaire pour porter le Royaume dans le monde, et toute son autre activité peut et doit n'être que la conséquence, une sorte d'effet secondaire, surgissant dans l'accomplissement de cette tâche principale. C'est pourquoi l'attitude envers ceux qui l'accomplissent devient le critère principal déterminant la possibilité, ou l'impossibilité, pour celui qui entre de franchir le seuil du Royaume: car l'attitude envers eux exprimait son attitude envers le Royaume au moment où celui-ci ne faisait qu'entrer dans le monde, sans s'être encore révélé dans toute sa plénitude. Il est facile et agréable de soutenir un vainqueur triomphant; soutenir celui qui doit encore vaincre est loin d'être toujours agréable, et parfois un tel soutien comporte un risque mortel. Mais le Royaume est indivisible, et maintenant, alors qu'il ne fait qu'entrer dans le monde et reste donc parfois caché, il demeure le même qu'il sera lorsqu'il se révélera dans toute sa plénitude. Et celui qui se détourne maintenant du Royaume et de ceux qui en vivent ne pourra guère, au Jugement, convaincre le Roi que sa joie devant le triomphe du Royaume est sincère.
