RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Mc 12:35-44

Les paroles du Sauveur sur les maîtres de la Torah («scribes»), qui aiment les honneurs et l'attention portée à leur personne tout en restant, au fond, des parasites inutiles, sont souvent comprises de manière historico-concrète, en les rapportant précisément et uniquement aux personnes auxquelles elles furent adressées. Une telle approche est bien sûr juste: si Jésus dénonçait quelqu'un, Il le faisait toujours de manière tout à fait concrète, en S'adressant aux personnes qui L'entouraient. D'un autre côté, cependant, lorsqu'Il dénonçait quelqu'un, Jésus avait généralement en vue un problème spirituel bien défini, toujours plus vaste que son contexte historique. Or le problème, dans ce cas, tenait à ceci: à côté de véritables maîtres, qui étaient comme toujours peu nombreux, il y avait alors dans la Synagogue, comme d'ailleurs à toutes les autres époques, beaucoup de ceux qui se considéraient seulement comme maîtres, ou qui l'étaient même aux yeux des hommes, mais non de Dieu. Le problème principal se ramenait ici au dilemme éternel de la vie spirituelle, et de la vie en général: être ou paraître?

En même temps, «paraître» ne signifie pas forcément une hypocrisie ouverte ou du cynisme; tout est beaucoup plus subtil, au point qu'une personne initialement disposée à chercher et à acquérir la vraie vie spirituelle peut parfois s'y tromper. L'un des principaux problèmes pour une telle personne devient l'incapacité d'être vraiment elle-même, incapacité qui vient le plus souvent de la peur. Il ne s'agit pas d'une frayeur ordinaire, lorsque quelqu'un est effrayé par quelque chose de nouveau, d'inhabituel ou d'inacceptable aux yeux d'autrui, mais de cette peur profonde où l'homme commence à craindre pour lui-même, tel qu'il veut se voir, au point d'être prêt à sacrifier son vrai moi à sa propre image.

Ici, bien sûr, la nature déchue de l'homme joue un rôle immense; la voir telle qu'elle est se révèle vraiment pour le moins désagréable, et l'image de soi que l'homme se peint devient à la fois un projet qu'il espère réaliser et une justification à ses propres yeux. L'homme déchu peut se cacher derrière cette belle image de lui-même, même devant Dieu: ainsi, au moment de la chute dans le jardin d'Éden, l'homme expliquait à Dieu son désir de se cacher de Lui par sa nudité, comme s'il suggérait qu'il lui fallait seulement se remettre en ordre pour apparaître devant Dieu dans toute sa beauté.

Une telle position est spirituellement dangereuse dans toute situation, mais surtout dans la situation d'un maître ou d'un guide spirituel: là, en effet, il est particulièrement important d'être, et non de paraître. Être, pourtant, est très difficile et loin d'être toujours avantageux, tandis que paraître est plus simple et plus commode. On peut toujours se justifier en disant que, bien sûr, nous sommes tous des êtres humains, donc tous imparfaits, et que moi, voyez-vous, je fais ce que je peux et je m'efforce pour ceux que Dieu a confiés à mes soins.

Le fait qu'au fond il n'y ait ici aucun véritable soin, celui que Dieu veut, mais seulement une profanation détruisant la vie spirituelle de ceux qu'Il a confiés aux soins d'un tel «maître», l'homme le cache d'ordinaire soigneusement à lui-même. Jésus, au contraire, indique le principal problème et le danger majeur d'un tel «enseignement», qui peut même plaire aux disciples mais les détruit spirituellement: car Il est venu sauver les hommes, non regarder comment ils périssent.