RÉFLEXIONS pour Mc 9:14-32
L’épisode de la guérison d’un homme possédé, de sa libération du pouvoir des forces ténébreuses, est remarquable par un détail sur lequel l’évangéliste attire particulièrement l’attention. Il écrit que les disciples de Jésus ne pouvaient pas chasser le démon de l’homme qu’il possédait, et que seul le Sauveur lui-même y parvint. Ses paroles sur une génération incrédule («race») sont souvent comprises comme adressées aux proches de l’homme possédé, et d’abord à son père, qui avait amené son fils aux disciples de Jésus.
Cependant, la question du destinataire de ces paroles reste ouverte: elles pouvaient tout autant s’adresser aux disciples, qui n’avaient pas réussi à faire ce qu’ils avaient déjà eu à faire plus d’une fois, au moins lors de la mission à laquelle le Maître les avait envoyés autrefois. Alors, pendant cette mission, ils avaient dû chasser des démons, libérer des possédés du pouvoir des forces ténébreuses. C’est peut-être précisément pour cette raison que le père du possédé s’adresse à eux: des rumeurs lui étaient sans doute parvenues au sujet des guérisons accomplies par les disciples de cet Homme mystérieux.
Il apparut pourtant que les disciples n’étaient pas aussi forts qu’on le racontait, et il ne restait alors qu’à s’adresser à leur Maître: si lui non plus ne pouvait pas aider, l’affaire était désespérée. Jésus, bien sûr, y parvient, et prononce ces paroles mêmes sur la génération incrédule. Plus tard, les disciples lui demandent: pourquoi donc n’avons-nous pas réussi? La question était légitime: ils se souvenaient bien qu’auparavant ils réussissaient, et ils devaient percevoir leur échec comme une regrettable faute dont il fallait connaître la cause afin d’éviter à l’avenir ce genre d’erreurs. Jésus, en réponse, parle de la prière, sans laquelle rien ne réussira.
Dans les éditions tardives du texte évangélique, à la prière s’ajoute la mention du jeûne, absente des éditions anciennes; mais cet ajout, qui existait probablement au départ sous forme de note marginale, ne change rien d’essentiel: le jeûne n’a de sens que lorsqu’il favorise une prière plus intense. Le sens de la réponse est clair: la principale erreur des disciples fut d’avoir pensé qu’ils avaient déjà atteint quelque chose, reçu quelque chose, acquis une nouvelle qualité de vie spirituelle désormais inaliénable. Jésus leur dit que ce n’est pas le cas, que toutes leurs avancées ne sont possibles que dans le contexte d’une dynamique spirituelle continue, liée à une prière elle aussi continue: alors seulement les miracles, les guérisons et l’expulsion des esprits mauvais sont possibles.
Dès que l’homme s’arrête spirituellement, dès qu’il sort de cette dynamique spirituelle, il perd tout et devient tout à fait impuissant, comme les disciples devant le possédé. Rien d’étonnant: les miracles et les guérisons ne sont possibles que par la force du Royaume et par son souffle, et ceux-ci n’existent que dans une dynamique continue, qui à son tour n’est possible que dans des relations conscientes et continues avec le Christ. Ce n’est pas par hasard que Jésus parle d’une génération incrédule: ce sont précisément de telles relations qui s’appellent la foi, celle qui a manqué aux disciples.
