RÉFLEXIONS pour Jn 15:20-21
En parlant de l’inévitabilité des persécutions qui attendent les chrétiens, Jésus en définit en même temps clairement la cause. Ses paroles montrent que ces persécutions ne peuvent pas être appelées religieuses, pas plus que le christianisme ne peut être appelé une religion. Jésus ne parle en effet d’aucune nouvelle religion. Il parle d’une vie nouvelle. De la vie de ce Royaume qu’Il a apporté dans le monde. Et du fait que cette vie nouvelle est incompatible avec la vie du monde dans son état présent. S’il s’était agi de religion, l’opposition aurait peut-être pu être évitée.
Toute religion possède habituellement une certaine capacité d’adaptation. Toutes les religions, d’une manière ou d’une autre, se sont adaptées et s’adaptent dans une certaine mesure aux exigences de ce monde, et les religions nées sur le sol chrétien ne font pas exception. Mais adapter la vie du Royaume à la vie de ce monde, personne n’y est jamais parvenu. Sous aucune forme de ce monde, ni séculière ni religieuse. Ce n’est pas par hasard que le judaïsme lui-même, devenu le milieu religieux et, dans une certaine mesure, la forme religieuse d’existence de l’Église primitive, n’a pas accepté le christianisme.
Ce qui, dans le judaïsme, dépassait les cadres proprement religieux, c’est-à-dire la tradition de la Révélation vivante, l’enseignement sur la Torah intérieure et sur la Torah vivante, a été accepté et assimilé par le christianisme (même si quelque chose s’en est ensuite perdu). Mais le judaïsme comme religion n’est jamais devenu une partie organique de la vie chrétienne. Et cela ne tient pas aux païens nouvellement convertis, mais au fait que le christianisme, comme vie nouvelle, n’entrait dans aucun cadre religieux. Même dans ceux qui faisaient partie du sol où il avait grandi. Et la religiosité née sur le sol du christianisme historique s’est elle aussi révélée trop étroite pour la vie chrétienne.
Ce n’est pas par hasard que l’histoire chrétienne a connu si souvent des cas où des justes chrétiens (ou, comme on les appelle dans certaines Églises, des saints), qui cherchaient la plénitude de la vie du Royaume et la trouvaient, étaient persécutés précisément par des hommes religieux et par des autorités religieuses, désormais chrétiennes. La religion fait partie de ce monde, et lorsqu’elle rencontre le Royaume et sa vie, cette particularité se manifeste nécessairement. Voilà pourquoi Jésus parle de l’inévitabilité des persécutions. Jusqu’à la fin des temps. Jusqu’au triomphe complet du Royaume. Et jusqu’à la transfiguration complète de la nature même de ce monde.
