RÉFLEXIONS pour Mc 6:45-56
Marc souligne spécialement le lien entre la marche de Jésus sur les eaux et le rassasiement miraculeux du peuple. Il parle du second comme de quelque chose qui aurait dû « instruire » les disciples, leur faire comprendre quelque chose de très important qu’ils n’avaient pas compris. Cette nouveauté, c’était le Royaume apporté au monde par leur Maître. Pour les disciples, tous les miracles accomplis étaient précisément des miracles. Une manifestation de la puissance de Dieu.
Peut-être de l’amour de Dieu. Des manifestations isolées, et c’est là tout le problème. Ils n’avaient pas encore vu l’essentiel : le monde n’était déjà plus celui d’avant. Quelque chose de nouveau y était entré, ce qu’on appelle le Royaume. Pourtant les disciples regardent encore le Royaume à l’ancienne ; pour eux, il est encore un Royaume terrestre, même avec une majuscule. Avec une majuscule parce qu’il devait être dirigé par le Messie, leur Maître, et que Dieu y serait le principal.
Terrestre, parce qu’il devait être fondé sur la terre, dans tous les sens du mot. Pour eux, le Royaume n’existait pas encore ; il fallait encore le construire, le créer, l’établir. Ils attendaient que leur Maître commence enfin à le faire, en commençant bien sûr par un soulèvement messianique. Mais Lui tarde toujours, accomplit des miracles, des guérisons, attire le peuple, sans jamais déclarer Sa messianité. Or le Royaume est déjà entré dans le monde, avec Lui. Les disciples ne l’ont pas remarqué, ce qui n’a rien d’étonnant, car ils attendaient tout autre chose.
Ils n’ont pas compris que les miracles et les guérisons accomplis par leur Maître ne sont pas seulement des manifestations de la puissance de Dieu liées à Sa Personne, mais qu’ils ne sont rien d’autre que les manifestations de ce Royaume même qu’ils attendent. Dans le Royaume, la nature n’est pas comme dans le monde déchu ; elle n’y est pas enfermée en elle-même. Ici, la nature se prête à l’action de la volonté de Dieu et du souffle de Dieu, et aussi à l’action de la volonté humaine, si bien sûr celle-ci n’est pas atteinte par le péché et agit avec la volonté de Dieu. S’il faut davantage de nourriture pour rassasier une multitude, alors il y en aura davantage.
Si un homme doit marcher sur l’eau, alors l’eau sous ses pieds deviendra ferme, ou élastique, bref telle qu’elle doit devenir pour porter l’homme. Quant à la tempête, elle n’existe pas du tout dans le Royaume ; elle reste dans notre monde déchu. Voilà ce Royaume que les disciples devaient voir, mais ils n’étaient pas encore prêts à une telle vision. Ils étaient prêts à voir dans le Maître le Messie, mais ils n’étaient pas prêts à voir le Royaume qu’Il avait apporté au monde. Pas prêts à ce moment-là ; le temps viendra, et ils comprendront tout. Mais ce temps viendra plus tard.
