RÉFLEXIONS pour Jn 6:5-14
La multiplication des pains est un grand miracle en soi. Mais pour les chrétiens, le plus important est bien sûr que ce miracle devient la préfiguration d'un miracle bien plus grand : le sacrement de l'Eucharistie. Au long des siècles et jusqu'à la fin du monde, le Seigneur, sous l'apparence du Pain, nous donne en nourriture Lui-même, et, comme lors de la multiplication des pains, cette nourriture suffit pour tous.
Du fait que le Fils de Dieu devient Lui-même nourriture pour les hommes, la vie non seulement ne diminue pas, mais augmente dans le monde. C'est précisément pourquoi la Croix, sur laquelle le Seigneur nous donne Sa vie, est devenue pour les chrétiens synonyme de cet Arbre de vie que le Seigneur planta au milieu du paradis.
Et nous voyons encore dans ce miracle qu'il ne s'accomplit pas sans la participation des disciples : d'une manière ou d'une autre, chacun selon sa vocation, nous devenons tous participants et acteurs du sacrement. Les ministres ordonnés participent à l'Eucharistie d'une manière, les laïcs d'une autre, mais la place de chacun de nous dans l'Église du Christ dépend de façon essentielle de cette participation. Car, pour la multiplication des pains, il fallait aussi le garçon qui remit son pain au Christ, les apôtres, et ceux qui mangèrent ce pain béni.
Les théologiens orthodoxes du XXe siècle, principalement en émigration, ont créé tout un courant théologique, nouveau et assez original, qui a reçu le nom d'ecclésiologie eucharistique. Parmi ces penseurs figurent les pères Nicolas Afanassieff et Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff et Cyprien Kern, et beaucoup d'autres. Grâce à leurs travaux, dans les discussions théologiques entre chrétiens, nous avons peut-être vu apparaître pour la première fois les arguments et les positions dont nous avions tant besoin depuis des siècles. L'essentiel pour nous dans leur héritage est l'idée que l'Église n'est pas simplement une institution hiérarchique au goût latin, ni simplement une communauté de croyants dans l'esprit du protestantisme. L'Église est davantage un événement qu'une structure, davantage une action qu'un état. Et cet événement, c'est l'Eucharistie.
