RÉFLEXIONS pour 1Co 7:10-24
En réfléchissant à la vie du Royaume, Paul arrive à la conclusion que chacun y est apte, indépendamment de son statut social (v. 24). Une telle conclusion est tout à fait logique : car si le Royaume, selon la parole du Sauveur, n’est « pas de ce monde », ni la situation matérielle ni la situation sociale du chrétien ne peuvent en rien influencer sa vie dans ce Royaume. Mais elles peuvent influencer la possibilité d’en témoigner. Si, par exemple, l’un des conjoints, après sa conversion, estime possible de rompre ses relations avec sa moitié uniquement parce que ces relations avec elle (ou avec lui) ont cessé d’être importantes pour lui (ou pour elle), une telle rupture deviendra naturellement non pas un témoignage, mais un contre-témoignage : car le mari rejeté ou la femme rejetée pourra alors juger avec raison que la vie nouvelle de sa moitié convertie n’est pas pour lui ou pour elle. C’est pourquoi, on le voit, l’apôtre estime nécessaire que le converti reste dans sa famille, si seulement sa moitié ne proteste pas et n’exige pas le divorce (v. 12-16).
Pour celui qui s’est tourné vers le Christ, la famille doit être, autant que possible, un lieu de témoignage, et non de contre-témoignage. Il en va de même de toute autre situation de l’homme : elle peut devenir témoignage ou contre-témoignage. Ainsi, par exemple, l’apôtre appelle les Juifs (« circoncis ») comme les anciens païens convertis au Christ à rester ce qu’ils sont, et à le rester de manière tout à fait ouverte (v. 18-20). Les différences religieuses entre Juifs et anciens païens étaient souvent frappantes, mais leur unité spirituelle au sein d’une même communauté pouvait justement devenir le meilleur témoignage de la réalité du Royaume, pour lequel les différences religieuses sont secondaires. L’impossibilité et l’absence de cette unité, au contraire, seraient devenues un contre-témoignage, ne faisant que confirmer que le christianisme n’est pas du tout la vie dans le Royaume, mais seulement une nouvelle religion de plus, pas meilleure, quoique peut-être pas pire, que n’importe quelle autre.
Il existe bien sûr aussi des situations où il vaudrait la peine d’essayer de changer la condition dans laquelle on se trouve. Paul, par exemple, est absolument convaincu que la dépendance juridique n’est pas la meilleure option, et il propose aux esclaves de se libérer autant que possible de l’état servile (v. 21). La question n’est pas qu’en étant esclave un homme ne puisse pas être habitant du Royaume (v. 22-23), mais que l’homme libre a plus de possibilités de témoigner de ce Royaume que l’esclave. Certes, la liberté spirituelle d’un esclave peut parfois être plus grande que celle de quelqu’un qui est juridiquement libre, mais la liberté formelle, juridique, peut tout de même devenir une préfiguration terrestre de la liberté spirituelle des habitants du Royaume, et l’apôtre propose de ne pas laisser passer la chance d’acquérir cette liberté extérieure si une telle chance se présente.
