RÉFLEXIONS pour 1Co 3:10-23
Poursuivant son propos sur les priorités, Paul souligne encore un point très important pour comprendre ce qu'est la vie dans le Royaume. Il dit aux chrétiens de Corinthe : vous n'avez rien à vous disputer, le monde entier appartient à chacun de vous. Sont à vous tous ceux que vous rencontrez sur le chemin spirituel, la vie et la mort, le présent et l'avenir. Mais à une condition indispensable : vous êtes au Christ. Car le Christ est à Dieu, dit l'apôtre aux Corinthiens, et si vous êtes au Christ, alors vous êtes vous aussi à Dieu, et tout ce qui est à Dieu est aussi à vous (v. 21-23). Pourtant, vivre ainsi n'est possible que lorsque celui qui vit devient lui-même porteur du Royaume. L'apôtre exprime cette pensée en rappelant à ses lecteurs qu'ils sont eux-mêmes ce temple de Dieu où Dieu demeure comme, avant la venue du Christ, il demeurait seulement dans les lieux qu'il avait lui-même marqués comme lieux de sa présence particulière, par exemple le Temple de Jérusalem (v. 16-17).
Mais le Royaume tout entier, intégralement et pleinement, devient le lieu de la présence particulière de Dieu, et les chrétiens en deviennent les porteurs vivants. La tâche principale de chaque chrétien comme de la communauté ecclésiale dans son ensemble est donc précisément de garder le Royaume, ce qui n'est possible que si le système des priorités, chez la personne comme dans la communauté, n'est pas déformé. Ce n'est pas par hasard que Paul insiste sur l'inadmissibilité, pour les chrétiens, de substituer à la sagesse du Royaume la sagesse de « ce siècle » (v. 18-19) : à cette époque, la sagesse était avant tout l'art de vivre justement ; en un certain sens, elle était synonyme de spiritualité. Ainsi, dans ce cas, l'apôtre met en garde, au fond, contre le remplacement de la spiritualité du Royaume par la spiritualité de ce monde. Et de cela dépend à son tour la qualité du service que porte chaque chrétien.
Paul ne parle pas par hasard du fondement sur lequel tel ou tel disciple du Christ construit son oeuvre (v. 11-15). L'apôtre comprend parfaitement que, pour les vrais serviteurs du Christ et du Royaume, il ne peut y avoir qu'un seul fondement, commun à tous. La qualité de la construction dépend du matériau dont dispose le bâtisseur. Et ici, la mesure de l'enracinement dans le Royaume devient décisive : de façon allégorique, l'apôtre distingue des matériaux allant du diamant à la paille. Certes, aucun de ceux qui participent au Royaume ne périra, mais la qualité de la vie spirituelle et, par conséquent, du service, garde son importance. On peut être sauvé en s'échappant de son service comme d'une maison en flammes, mais un tel mode de salut et un tel service ne sauraient être appelés normaux. Paul appelle donc à une vie pleine dans le Royaume et à un service véritable, non à une existence végétative dont la conséquence est un effondrement qui ne se termine pas par la perte définitive du mauvais serviteur uniquement par la miséricorde de Dieu.
