RÉFLEXIONS pour 1Co 11:17-34
Pour Paul, comme pour tous les chrétiens, la fraction du pain et les assemblées qui y étaient liées étaient le centre de la vie ecclésiale. L'Église, au fond, existe comme assemblée où s'accomplit la fraction du pain au nom du Christ. Il en a été ainsi en tout temps, dès le début de l'histoire de l'Église. Mais « au nom de » ne signifie pas seulement « en mémoire de », du moins pas au sens où nous employons aujourd'hui cette expression. Dans la Bible, on rencontre souvent les expressions « Dieu se souvint » ou « Dieu oublia », bien qu'il soit parfaitement évident qu'au sens humain Dieu n'oublie personne ni rien, et ne se souvient pas : Il connaît simplement toute Sa création dans son ensemble et chacun des hommes qu'Il a créés en particulier.
Mais Dieu n'est pas un Absolu impersonnel, Il est une Personne, et, comme toute personne, Il peut se tourner vers quelqu'un ou s'en détourner. C'est cela que le langage de la Bible appelle « se souvenir » ou « oublier ». Et pendant la fraction chrétienne du pain, nous, chrétiens, nous nous souvenons du Christ, et Lui se souvient de nous. Alors le pain et le vin redeviennent Son corps et Son sang, dans le même sens que lors de la Cène. Mais pour cela, c'est Lui-même qui doit être au centre de l'assemblée.
Et il ne s'agit pas seulement qu'Il vienne ; il faut aussi que la communion avec Lui devienne le centre et le sens de toute l'assemblée. Or, dans l'Église de Corinthe, à en juger par les paroles de l'apôtre, il y avait des problèmes sur ce point. La fraction du pain s'y transformait parfois en simple banquet agité, et il arrivait souvent que les uns mangeassent et bussent à l'excès tandis que d'autres restaient affamés. Le repas en tant que tel passait au premier plan, reléguant au second la communion avec le Ressuscité. L'acte sacré devenait profanation, non parce qu'il y avait de la nourriture et du vin sur la table, mais parce que, derrière eux, on ne voyait plus Celui pour qui et autour de qui l'on s'était rassemblé.
C'est contre cela, et non contre le repas comme tel, que proteste l'apôtre lorsqu'il dit que ceux qui accomplissent ainsi la fraction du pain ne pensent pas du tout au corps du Christ, non seulement au sens du pain qu'ils rompent, mais aussi au sens de cette réalité spirituelle que l'on appelle l'Église avec une majuscule. Là, ce n'est déjà plus le christianisme, mais toujours l'ancien paganisme sous couvert de christianisme, ce qui ne peut ni ne doit exister dans l'Église.
