RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mt 24:1-13

Les paroles de Jésus sur les catastrophes naturelles, les épidémies, les guerres et les bouleversements sociaux, comme sur les douleurs d’enfantement dans lesquelles naît le Royaume, ont souvent été interprétées comme l’indication que tout cela se produirait dans les derniers temps et en deviendrait le trait caractéristique. Ce n’est pas un hasard si chaque grande guerre ou grande épidémie, sans parler des coups d’État et des révolutions, devenait l’occasion, dans les milieux proches de l’Église, de rumeurs selon lesquelles les derniers temps étaient proches.

Pourtant, Jésus Lui-même dit clairement qu’il est impossible de calculer le jour de Son retour dans la gloire et du triomphe du Royaume, et cela sans doute non parce que cette date est cachée, mais parce qu’elle n’est pas encore fixée : l’histoire du Royaume est un processus divino-humain, et le moment où il se révélera dans sa plénitude dépend non seulement de Dieu, mais aussi des hommes. Quant à tout ce qui est énuméré, Jésus l’appelle le « commencement » des douleurs d’enfantement du Royaume non pas au sens où nous comprenons le plus souvent aujourd’hui le mot « commencement », mais au sens de leur source ou de leur cause première.

Il ne s’agit pas ici d’une « infernalité » particulière de tels ou tels événements, bien que, si l’on parle des guerres et des bouleversements sociaux, les traits caractéristiques de la nature humaine déchue s’y manifestent parfois avec une intensité extrême ; il s’agit du fait que tout événement de ce genre devient pour toute l’humanité, ou pour une partie d’elle, une situation critique, parfois limite, et parfois tout simplement au-delà de toute limite, sur le plan spirituel comme sur le plan social. Or une telle situation peut toujours devenir la dernière, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou de toute l’humanité.

Car l’histoire chrétienne, l’histoire du Royaume qui vient, est d’une part l’histoire de la justice chrétienne, ou, comme on l’appelle parfois, de la sainteté chrétienne, et d’autre part l’histoire du mal toujours croissant dans lequel gît le monde. Chaque cataclysme, surtout social, représente une crise spirituelle liée à cette opposition. Il ne serait guère étonnant que l’un d’eux se révèle être le dernier. Mais il ne faut sans doute pas non plus attendre de chaque crise que ce soit précisément elle la dernière.