RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Is 42:1-7

L’image du Messie s’ouvrait différemment aux différents prophètes. Ce n’était pas parce que l’un d’eux avait raison et qu’un autre se trompait, mais simplement parce que la personne du Messie était trop immense pour qu’on puisse L’embrasser d’un seul regard des siècles avant Sa venue dans le monde. Sans doute cette grandeur de la personne du Christ était-elle la raison pour laquelle, aux prophètes d’avant l’exil, Il se révélait souvent comme un souverain ou un grand prêtre : quelqu’un comme Lui ne pouvait en aucune façon être un homme ordinaire.

Il y avait toutefois aussi, dans ces prophéties, une révélation au sujet du Royaume : le Messie est vraiment Roi, seulement Il a apporté Son Royaume avec Lui, et celui-ci n’est pas organisé selon les lois du vieux monde. Or c’est justement cela que nous avons le plus de mal à nous représenter : nous ne connaissons pas d’autres royaumes que ceux que nous voyons sur la terre. Les prophètes ne les connaissaient pas non plus, et c’est pourquoi le Royaume messianique leur apparaissait souvent sous la forme d’un État terrestre, bien qu’il y eût presque toujours, dans cet État apparemment tout terrestre, quelque chose qui n’était pas tout à fait terrestre, quelque chose qui n’aurait pas pu exister sans la participation directe de Dieu.

Et c’est à Isaïe de Babylone qu’il fut révélé pour la première fois que la grandeur du Messie n’est pas du tout celle d’un roi terrestre. Selon les critères terrestres, il n’y a en Lui aucune grandeur. Ce n’est pas par hasard qu’Isaïe appelle le Messie par un mot hébreu que l’on peut traduire aussi bien par « enfant » ou « adolescent » que par « serviteur » : dans la société hébraïque, l’esclavage avait toujours un caractère patriarcal ; les serviteurs vivaient dans la maison pratiquement comme les plus jeunes membres de la famille, sans posséder de droits, mais sans manquer pour autant ni d’abri ni de nourriture.

Le Christ n’était évidemment pas esclave, mais le sens de la prophétie n’était pas d’indiquer Sa position sociale ; il était de faire comprendre à chacun que le ministère du Messie n’est pas déterminé par Sa position sociale. Son Royaume n’est pas de ce monde, et pour être Roi Il n’a besoin ni d’armée ni d’appareil d’État. Il demeure le Messie tout en étant, du point de vue de ce monde, personne, et la réussite de Son ministère messianique n’est aucunement liée à une victoire ou à une défaite dans ce monde. Sur fond d’attentes messianiques qui supposaient l’apparition d’un Messie roi terrestre, la prophétie d’Isaïe de Babylone se révélait très actuelle. Malheureusement, au temps de la venue du Christ, si l’on ne l’avait pas oubliée, on ne la prenait pas au sérieux et on ne la comprenait pas littéralement. Mais cela est une autre histoire.