RÉFLEXIONS pour Rm 15:22-33
En parlant de son ministère apostolique, Paul accorde manifestement une attention particulière à l’unité spirituelle comme matérielle de l’Église. Ce n’est pas un hasard s’il demande spécialement aux chrétiens de Rome de prier pour lui : pour lui, il est visiblement très important que l’Église de Rome, qu’il veut visiter, participe par la prière à son ministère (v. 30-32). L’unité spirituelle de l’Église, pour l’apôtre, n’est manifestement pas une abstraction, mais une réalité tout à fait concrète : pour vivre l’union spirituelle lors d’une rencontre personnelle, il faut apprendre à la vivre aussi lorsque les habitants du Royaume sont séparés par l’espace physique, dont le franchissement dans notre monde encore non entièrement transfiguré exige certains efforts, spirituels comme physiques. Si l’on ne se souvient des frères que tant qu’ils sont près de nous, cela signifie que ceux qui se souviennent ne se sont pas encore associés au Royaume, où la mémoire ne dépend pas des distances physiques. Le proverbe « loin des yeux, loin du cœur » est parfaitement juste pour le monde non transfiguré, mais il ne s’applique pas aux relations du Royaume.
D’autre part, Paul considère manifestement comme très importante l’aide financière apportée à l’Église de Jérusalem par les chrétiens d’autres Églises, composées apparemment surtout de païens convertis (v. 25-27). Il s’agit ici non pas tant d’un soutien spirituel que d’un soutien matériel, financier. Mais pour Paul, un tel soutien matériel s’avère aussi une œuvre spirituelle. Et non seulement parce que l’aide aux frères dans le besoin est une œuvre d’amour et un acte de juste, mais aussi parce que le Royaume inclut tous les types possibles de relations humaines, y compris les relations d’argent.
Le dicton « L’amitié est l’amitié, mais le tabac chacun pour soi » est, même pour les gens qui vivent dans notre monde encore non entièrement transfiguré, un exemple non pas de ce que les relations avec le prochain doivent être, mais de ce qu’elles ne doivent pas être. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit du Royaume, car ici toutes les relations entre les hommes sont transfigurées, et non seulement celles que nous avons l’habitude d’appeler « spirituelles » et dont on pense souvent qu’elles ne doivent pas toucher du tout le côté financier et, plus largement, matériel, considéré comme « bas » et « non spirituel ». Pour l’apôtre, au contraire, tout ce qui touche aux relations des hommes dans le Royaume concerne la vie spirituelle. Et il se réjouit de chaque manifestation d’amour, qu’elle s’exprime dans la prière ou dans le soutien financier.
