RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Ex 31:1-18

La notion de sagesse dans la Bible est assez multiforme, mais tous ses aspects ont en commun quelque chose : elle est toujours pratique. Dans la Bible, la sagesse est moins que tout associée à ce avec quoi nous l’associons assez souvent aujourd’hui : une recherche théorique ou une contemplation détachée. La sagesse biblique a toujours un caractère pratique, elle est inséparable de l’action, de l’œuvre, du chemin. Sont appelés sages aussi ceux qui devront fabriquer tout le nécessaire pour la Demeure. On pourrait croire qu’il s’agit davantage d’un métier que d’un art, mais ce n’est qu’une apparence. En réalité, il s’agit bien d’un art. De choses faites, comme on dit habituellement, avec âme.

Avec le sens de la beauté. La capacité de voir la beauté d’une chose, du point de vue biblique, est aussi sagesse, et elle est donnée par la pratique, par la pratique de fabriquer ces choses de ses propres mains. Ici, le cœur, l’âme et les mains doivent agir dans une unité indissoluble ; c’est cette unité que la Bible appelle sagesse. Si elle existe, l’homme voit la beauté aussi bien dans les créations de Dieu que dans celles des hommes, là où elle est présente. Pour la voir, il faut faire place dans son cœur au souffle de Dieu, car c’est Dieu qui crée le monde beau, c’est Lui la source de toute beauté.

Ce n’est pas un hasard si, ici même, là où sont décrits les travaux liés à la Demeure, le shabbat est aussi mentionné : non seulement parce que les ouvriers doivent se reposer régulièrement, mais aussi parce que sans shabbat il n’y a pas de sagesse. On ne peut demeurer sage sans avoir un temps que l’on puisse passer avec Dieu dans le silence intérieur. Sans un tel silence, la sagesse n’aurait tout simplement nulle part d’où venir, car c’est justement en lui qu’elle naît. La sagesse naît dans le silence parce que c’est là, dans ce silence, que Dieu respire ; là, on peut sentir et prendre conscience de Son souffle.

Sans cette prise de conscience, il n’y a pas de vie spirituelle, et donc pas de sagesse. Alors on ne verra ni la beauté de la création de Dieu ni la beauté de ce qui est créé par des mains humaines. On pourrait croire que le shabbat détourne du travail, mais en réalité, sans lui il n’y aura pas de travail, pas d’œuvre de Dieu. C’est précisément pendant le shabbat que l’homme prend conscience de lui-même comme image de Dieu, et sans cette conscience la sagesse dont parle la Bible est impossible. La beauté visible naît de l’invisible, comme la parole du silence : sans l’un, il n’y aura pas l’autre.