RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Ap 1:10

Les visions de Jean, exposées dans le livre de l’Apocalypse, commencent par le fait que, selon son propre témoignage, il « fut en esprit au jour du Seigneur » (ainsi dans le texte grec). L’expression « jour du Seigneur » peut se comprendre de différentes manières dans ce contexte. La première idée qui vient à l’esprit est qu’il s’agit du dimanche, que les premiers chrétiens célébraient à peu près comme nous le célébrons aujourd’hui, par un culte particulièrement solennel. Mais il faut reconnaître qu’il est aujourd’hui pratiquement impossible de dire avec certitude si ce jour était célébré ainsi par les chrétiens à la fin du Ier siècle de notre ère, lorsque le livre de l’Apocalypse fut écrit. Une autre explication, qui ne paraît pas moins vraisemblable, est qu’il s’agit de la fête appelée « jour de Yahvé » ou « jour du Seigneur » dès avant l’exil, à l’époque du Premier Temple. Apparemment, on la célébrait alors à peu près aux mêmes jours que Yom Kippour et Roch Hachana, le « Nouvel An juif ».

Il est probable qu’à l’origine le jour de Yahvé était le jour de la sanctification du Premier Temple, accomplie peut-être précisément le premier jour de l’année. De l’époque postexilique, il est vrai, aucune mention de cette fête n’est restée, mais il est possible que les paroles mêmes de Jean témoignent justement qu’elle n’a pas disparu. Si tel est le cas, la révélation reçue par Jean se révèle significative aussi quant au jour où elle fut donnée. Ce n’est pas un hasard si le jour de Yahvé était célébré avec une solennité particulière dès l’époque du Premier Temple : ce jour était celui du triomphe de Dieu et du Royaume de Dieu, le jour de l’intronisation solennelle de Yahvé, après laquelle vient précisément le jour du Jugement, tandis que le monde devient le Royaume de Dieu. Ce n’est pas un hasard non plus si l’expérience liturgique des visions du Trône de gloire, reflétée dans l’hymnographie yahviste, notamment dans le livre des Psaumes, était liée aux offices de ce jour.

Or Jean reçoit sa révélation alors que le Temple n’existait déjà plus et que l’ancienne histoire s’était achevée, laissant dans une grande perplexité et un trouble spirituel aussi bien la Synagogue que l’Église : tout s’était terminé pas tout à fait comme, ou même pas du tout comme, Juifs et chrétiens l’avaient attendu. Les chrétiens, en particulier, ne pouvaient comprendre pourquoi, plus de dix ans après la destruction du Temple prédite par Jésus, Il n’était pas revenu comme Il l’avait promis. Et la révélation reçue par l’apôtre donnait précisément une réponse à cette question qui tourmentait beaucoup de gens, réponse dont le sens se résumait ainsi : l’histoire terrestre est réellement achevée, mais l’histoire du Royaume entrant dans le monde ne fait que commencer. Et le fait que cette nouvelle histoire soit spirituellement inséparable de l’ancienne était souligné par le fait qu’elle fut donnée au jour de Yahvé, le jour de l’ancienne fête du Temple dont le sens était justement l’attente du triomphe prochain du Royaume. Ainsi l’ancienne époque s’unissait spirituellement à la nouvelle.