RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Jn 7:47-49

Il semblerait que le meilleur témoignage soit la manifestation de ce qu'attendent ceux à qui l'on témoigne. Au temps de l'Évangile, on parlait, discutait et prêchait beaucoup au sujet du Messie et du Royaume messianique. On discutait de ce que serait ce Royaume, de ce que serait le Messie et de la manière dont il viendrait. Et voici enfin Celui qui témoigne du Royaume non en paroles, mais en actes. Dès lors, semble-t-il, il n'y a plus rien à dire ni à discuter: «viens à moi et bois». De quoi discuter encore? Quelles preuves faut-il encore, quand on peut simplement s'approcher et goûter? Mais il apparaît que ce n'est pas simple pour tous.

Pour certains, il faut encore correspondre à des critères qu'ils ont eux-mêmes inventés, sinon le Royaume n'est plus le Royaume. Pourquoi? Le peuple accueille, mais il ne fait pas autorité, c'est un «ignorant de la Torah». L'autorité, c'est celui qui pense comme nous, gardiens et porteurs de la tradition. Et voici le paradoxe: cette même Torah qui, pour Paul par exemple, est devenue un pédagogue conduisant l'apôtre au Christ, est devenue pour les «gardiens et porteurs» un mur les séparant du Christ et du Royaume.

Comment et pourquoi cela arrive-t-il? Il ne s'agit pas, bien sûr, de la Torah en tant que telle. Il s'agit précisément de la tradition. Et peut-être même pas de la tradition en tant que telle, mais du fait qu'on la place au premier rang. Elle devient une fin en soi. Ainsi naît une religion qui cache à l'homme la Révélation vivante, le Christ, le Royaume. Et il ne s'agit pas de la Torah en tant que telle. La Torah a été donnée justement comme Révélation vivante. Donnée pour indiquer à l'homme le chemin spirituel qui doit le conduire à Dieu. Au Christ. Dans le Royaume. Elle est à la fois la carte du chemin spirituel et la boussole spirituelle donnée par Dieu à l'homme.

Et aussi un instrument pour le travail spirituel. Mais il arrive que des voyageurs potentiels, fascinés par les cartes et les guides, restent des voyageurs virtuels. Longtemps. Parfois toute leur vie. Et toute une tradition de voyages virtuels se forme. Mais si un voyageur réel entre soudain dans une telle communauté, l'issue peut être tout autre que ce voyageur réel pouvait l'espérer.

On ne l'y acceptera tout simplement pas. Il est un transgresseur de la tradition. Même s'il était l'auteur de ces cartes et de ces guides, sa popularité parmi les voyageurs virtuels ne serait pas garantie. Là, ils ont leurs priorités et leurs autorités. Et personne n'attend les étrangers. Ainsi ceux pour qui la religion est devenue une fin en soi sont des voyageurs virtuels du monde spirituel: même l'Auteur de leurs cartes et de leurs guides ne fait pas autorité pour eux. Ils connaissent son Royaume mieux que lui. Et aucun «ignorant de la Torah» ne les convaincra, même si l'un de ces «ignorants» porte dans son cœur toute la plénitude du Royaume.