RÉFLEXIONS pour Ex 34:26
L'interdiction de faire cuire un chevreau dans le lait de sa mère est devenue le fondement de nombreuses règles de la cacherout dans le judaïsme, en particulier celles qui interdisent de mélanger les plats de viande et les produits laitiers. Pourtant, il ne s'agit ici ni de viande ni de lait. La forme même de cette prescription l'indique entre autres: d'un côté il est question de consacrer les premiers fruits, et de l'autre, de ce même chevreau cuit dans le lait de sa mère. À première vue, il s'agit de réalités sans aucun lien entre elles.
En réalité, le lien existe, même s'il n'est pas très évident. D'après les données qui nous sont parvenues sur la pratique religieuse de plusieurs peuples du Proche-Orient, y compris les plus proches voisins des Hébreux, le chevreau cuit dans du lait de chèvre était un plat rituel, probablement lié au culte de la Grande Déesse, protectrice de la fécondité et de l'enfantement, culte répandu partout au Proche-Orient. On la vénérait dans les villes de Galilée, en Judée et dans la steppe de Samarie, et cela bien avant l'arrivée d'Abraham en Palestine.
Après la conquête par les Hébreux de la terre que Dieu leur avait promise, le culte de la Grande Déesse se répandit largement parmi eux: le paganisme florissait dans le peuple de Dieu, suscitant les dénonciations des prophètes, qui voyaient dans les «Astartés et Baals» la plus grande menace pour le yahvisme. Mais la Grande Déesse, cette même «Astarté», n'a pas attiré par hasard l'attention d'anciens nomades: ils voulaient recevoir d'en haut un soutien et une bénédiction pour leur nouvelle vie sédentaire et agricole, et beaucoup pensaient que Yahvé ne les aiderait pas là, car il était le Dieu du désert et de la steppe, le Dieu des nomades, non des cultivateurs sédentaires.
Et voici qu'apparaissent simultanément dans la Torah l'interdiction de participer au culte de la Grande Déesse et l'exigence de consacrer les premiers fruits à Dieu, à ce même Yahvé qui soutiendra son peuple non seulement dans le désert et dans la steppe, mais aussi au champ, au jardin, dans la vigne. Si, bien sûr, le peuple le veut lui-même. Et s'il adresse ses besoins non aux «Astartés et Baals», mais à Dieu, qui les a non seulement fait sortir d'Égypte et conduits à travers le désert, mais les a aussi amenés sur cette terre où, bien sûr, il ne les laissera pas sans aide ni soutien.
